
En juin 2024 est paru chez SAMSA notre essai réalisé en duo avec Jean-Pierre LEGRAND sur le cycle Le monde d’Asmodée Edern de Vincent Engel (1 nouvelle/prologue et 5 romans) : https://www.samsa.be/livre/que-faire-7
On peut se procurer le livre version papier (un numéro spécial de la revue QUE FAIRE ?) ou lire gratuitement la version numérique via le lien https://www.calameo.com/read/006239462ae746ca5573a
Retours sur le livre
Les essais sur des auteurs sont rarement commentés par les médias et, en sus, nous n’avons quasi rien pu faire pour la promotion tant nous étions accaparés par nos nouvelles activités éditoriales, mais un cadeau du ciel…
. Julien-Paul REMY (auteur, médiateur, pédagogue, metteur en scène), fin décembre 24 : « Un livre-commentaire tellement instructif, puissant, fidèle et ardent qu’il donne au lecteur, après lecture, le sentiment de connaître de l’intérieur l’œuvre originelle et son auteur. Ni simple annexe ou apparat critique, ni substitut cannibale : il en va d’un double, déformé et quintessencié. Le lecteur quitte le balcon d’observateur extérieur, pour capter le battement du cœur animant les plaques tectoniques de la scène littéraire et de ses coulisses humaines, affectives, psychologiques, intimes. Tout comme un portrait peint restitue le paraître ou l’être d’une personne désirable, sans amenuiser le moins du monde le désir d’en découvrir et effeuiller le vrai visage. »
. Véronique BERGEN (autrice, académicienne, médiatrice), dans LE CARNET, le 13 août 2024 : un superbe article que voilà…https://le-carnet-et-les-instants.net/2024/08/13/legrand-remy-wilkin-que-faire-vincent-engel/
Vincent Engel. La fiction comme « romansonge »
Jean-Pierre LEGRAND et Philippe REMY-WILKIN, Vincent Engel. L’absence révoltée, Que Faire ?, n°7, Samsa, juin 2024, 122 p., 20 €, ISBN : 978-2-87593-563-2
Créer des mondes de fiction, construire des « romansonges » dans le sillage du « mentir-vrai » d’Aragon, laisser courir sa pensée, son imaginaire sur une multitude de claviers d’orgue… telles sont les trois thèmes musicaux qui se dégagent si l’on tente de condenser l’œuvre de Vincent Engel, tout à la fois écrivain, dramaturge, professeur de littérature contemporaine à l’Université catholique de Louvain, directeur de revue (il a repris la direction de Marginales), directeur du Pen Club Belgique, éditeur. Dans le numéro 7 de la revue Que faire ?, les écrivains Jean-Pierre Legrand et Philippe Remy-Wilkin consacrent un dossier éblouissant qui se focalise sur le cycle toscan intitulé Le monde d’Asmodée Edern (réédité en 2023, Asmodée Edern & Ker Éditions).
Œuvre majeure de Vincent Engel, le quatuor Retour à Montechiarro (Fayard, 2001), Requiem vénitien (Fayard, 2003), Les absentes (Lattès, 2006), Le miroir des illusions (Les escales, 2016), précédé par Raphael et Laetitia (Alfil/L’instant même, 1996), couronné par Vous qui entrez à Montechiarro (Asmodée Eder, & Ker Editions, 2023), délivre une saga romanesque qui, traversant des générations, des époques, auscultant les dessous de l’Histoire, se tient sous le regard d’un personnage éternel, Asmodée Edern. Comme l’analysent Jean-Pierre Legrand et Pierre-Remy Wilkin, Asmodée Edern s’éloigne de la figure démoniaque d’Asmodée dans l’Ancien Testament et campe un ange bienveillant.
Afin d’interroger le cycle toscan de Vincent Engel, qui, sous certains aspects rappelle Le quatuor d’Alexandrie ou Le quintet d’Avignon de Laurence Durrell, les auteurs plongent à mains nues dans l’architecture de chacun des tomes, mettent en évidence la maestria du romancier dans les jeux de construction formelle, le fil rouge de la musique, les questions de la judéité, de la condition humaine (baignée par l’ombre lumineuse d’Albert Camus), des luttes au niveau individuel et collectif entre les forces du bien et du mal ou encore les amours magiques, impossibles. On voyage entre l’analyse des périodes charnières de l’Italie que Vincent Engel met en scène, du repérage des récurrences de séquences historiques prises dans la répétition d’invariants anthropologiques et le décryptage des jeux littéraires, entre les lignes contrapuntiques des thèmes et des personnages et les mises en abyme du vécu, de la pensée de l’auteur dans les plis de la fiction.
Vincent Engel a offert une machine de guerre romanesque et littéraire de très haut vol, qui combine la création pure et l’autofiction mais sans ostentation, sans « mauvais égocentrisme », l’appréhension du monde et de l’autre passant nécessairement par une quête de soi ouverte et généreuse, la construction d’un récit.
Levier d’une action sur le réel, d’une relecture plurielle des faits soumis à l’imaginaire du créateur, la fiction s’inscrit, pour Vincent Engel, dans un art romanesque générateur de complexité. Au travers de ses dédales, de ses puissances illimitées, de ses brouillages entre vécu et réalité, par l’art d’une variation dans la focale, la fabulation permet de dévoiler des pans de réel, de faire de l’imaginaire un royaume à effets réels. Elle s’affirme comme une terre de mots apte à libérer des vérités cachées, insupportables ou désireuse d’enfouir les vérités intimes et extérieures sous des voiles qui les rendent inaccessibles. Évoquant le personnage d’Asmodée Edern, alias Thomas (ou Tommaso) Reguer, Vincent Engel écrit : « il n’a d’autre volonté que d’ouvrir les êtres qu’il croise aux multiples destinées qui s’offrent à eux. » On y lira un autoportrait du romancier. Le romancier en tant que jongleur qui assemble les facettes de vies diverses afin d’en jouer comme d’un miroir qu’il nous tend.
