Mon rapport à l’écriture

Dans Une vie et une passion inextricablement liées, j’ai raconté l’histoire de ma rencontre avec la narration, de manière détaillée et pourtant lacunaire, car elle passe sous silence l’immense influence de la fiction télévisuelle ou cinématographique. Mais mon rapport avec l’écriture au présent ?

Avant d’être un plaisir, l’écriture est une nécessité. J’écris, donc je suis. Depuis toujours. Je n’ai jamais arrêté, même s’il m’arrive fréquemment de douter. Mon credo, c’est la création, l’Art. La musique, la littérature, le cinéma, la BD, la peinture, l’architecture… Comme le maître Golding, je pense qu’il ne s’agit pas là d’activités contingentes mais d’une médiation fondamentale entre les hommes et la découverte, l’approfondissement de leur humanité. Si mes livres restent relativement légers, en deçà de mes idées peut-être, c’est que je le souhaite, car je ne pense pas que l’essentiel me soit dévolu, je me devine un rôle de passerelle, d’éveilleur en douceur. Une arrière-pensée qui me guide dans le choix de mes articles, de mes scénarios, de mes essais, de mes nouvelles, de mes contes ou de mes romans. Car si j’accepte avec joie certaines commandes ou certaines collaborations, j’en refuse d’autres sans sourciller.

Où me situer ? Je crois que le champ du roman est occupé par trois grands types de cultivateurs : les écrivains, les romanciers et les hybrides. Les premiers s’intéressent surtout à la manière de rapporter un contenu, les deuxièmes privilégient ce contenu. Modiano, par exemple, est un écrivain talentueux que l’on goûte à la phrase, à la page. Il possède le don rare d’une musique personnelle. Bernard Werber, au contraire, pratique le degré zéro de l’écriture mais travaille ses intrigues avec soin, part explorer des mondes et nous les présente avec passion. On ne déguste pas une page de Werber mais on dévore l’un de ses chapitres. Est-il moins intéressant que Modiano ? Non, mais il ne pratique peut-être pas le même métier. Quant aux hybrides – ou devrait-on dire les synthétiques, les polymorphes, les romanciers/écrivains ? -… ils sont ma vraie famille, mon idéal.

Quels sont mes phares ?

L’Epopée de Gilgamesh, L’Odyssée, Œdipe, La Bible, Le Roman de Perceval.

Shakespeare davantage que Racine, Corneille ou Molière.

Le Puits et le pendule de Poe ou Les Elixirs du diable d’Hoffmann. Wilkie Collins, bien sûr, que j’aime comme un père. Dracula ou Sa Majesté des mouches.

Palliser, Fowles, Pears mille fois au-dessus d’un Eco.

James Ellroy, le monstre, auquel je ne vois pas d’égal depuis… Shakespeare.

Inspiré par ces romanciers/écrivains, je tente avec humilité mais ténacité, avec passion souvent, de travailler toutes les composantes d’un récit. A l’avant-plan, l’intrigue passe peut-être pour ma priorité. De fait, je la veux attractive, captivante, et je passe de longues semaines immergé dans les diverses moutures du synopsis. Mais l’univers de la fiction est en général mon premier coup de cœur. L’envie de vivre dans un certain décor, de partager des contenus qui m’ont troublé, de présenter des personnages émouvants. Des mois de recherches, parfois plus. Par ailleurs, la manière de narrer accapare vite mon attention et j’aime offrir différents niveaux de lecture, multiplier les angles d’accès à l’histoire occulte du livre. Enfin, la mise en texte ne se limite pas à une simple formalité, comme dans le cas d’une Higgins-Clark ou même d’un Werber. Non, le passage à l’écriture est la récompense finale, la jouissance suprême. Après des mois passés à accumuler des informations et d’autres à tisser un squelette d’histoire et les balises d’un mode narratif, je me laisse emporter par la griserie du rêve et des mots, le texte m’échappe, se réinvente, me surprend. La raison a élaboré un cadre, le cœur en explore les limites et les fait parfois exploser.

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