CINEMA

2017

Juin

Terres de volupté  avec Greta GarboDressed to kill de ... – WichitaLa Grande Parade de King VidorVIP’s/Hôtel International d’Anthony Asquith (GB) avec Richard Burton et Lz Taylor – … diable de John Huston avec Humphrey Bogart et Jennifer Jones

Mai

Après un court sevrage, beaucoup de films ce mois-ci et fort différents. Du très ancien avec un Josef von Sternberg (Sergeant Madden, 39, EU) avec Wallace Berry et un mini-cycle MAGNIFIQUE de l’Américain d’origine italienne Frank Capra : New York-Miami (34), comédie romantique avec le couple irrésistible formé par Clark Gable et Clodette Colbert, qui crée quasi un nouveau genre, la Screwball comedy ; L’Extravagant Mr Deeds (36), avec Cary Cooper et Jean Arthur, du cinéma engagé socialement, philosophiquement qui fait, disons-le en insistant, beaucoup de bien en rappelant la force de résistance de l’individu citoyen face aux maux qui gangrènent nos sociétés… depuis beaucoup plus longtemps qu’on ne le croit ;  Horizons perdus (37) et son étrange utopie himalayenne, Shangri-La, ses paysages superbes, sa quête du Sens et des valeurs, son allure de conte de Noël exotique ;  La Ruée (32) et la démonstration qu’on peut diriger une banque avec de l’âme, une réflexion sur l’argent, la finance ; Vous ne l’emporterez pas avec vous (38), autre chef-d’oeuvre trop oublié prônant une forme de décroissance et des valeurs hors normes sociales. On notera que je n’ai pas revu A wonderful world et que j’avais découvert fort récemment Mr. Smith goes to Washington, deux autres chefs-d’oeuvre d’un des plus grands parmi les Grands, mon fantasme étant de pouvoir ENFIN voir ou revoir L’homme de la rue. Visionné un film agréable de Richard Wallace, Nid d’Espions (43, EU).  Ensuite, bond dans le temps avec deux succès du film d’horreur, Evil Dead (Sam Raimi, 81, EU) et Vendredi 13 (Sean Cunninghamp, 80, EU) qui ne sont plus vraiment ma tasse de thé ; un Pakula (A cause d’un assassinat, 1974, EU) qui a sans doute puissamment inspiré Verneuil pour son beau I… comme Icare (la séquence de Milgram !) ; 2001, Odyssée de l’Espace (Kubrick, 68, EU/GB)… qui me semble avoir un peu vieilli malgré sa complétude esthétique et sa suite 2010, premier contact (Hyams, 84, EU), ; la guimauve contemporaine To Rome with Love, un Woody Allen (EU, 2012) très très léger (mais une carte postale sublime, soit).

Un mini-cycle John Wayne 

Rio Grande (1950, Ford, EU), le 3e pan de la trilogie sur la cavalerie US de John Ford avec le retour de l’officier York de Massacre à Fort-Apache. Un pas en arrière pour Ford qui en revient à des Indiens cruels à massacrer. Un monde désuet et qui ne nous parle plus mais des acteurs et des décors à revoir avec plaisir, comme Victor Mc Laglen – El Dorado (Howard Hawkes, 67, EU), quasi un remake de Rio Bravo. Le western « Shérif esseulé défend bourgade contre bande pratiquant l’abus de pouvoir » avec cet autre thème de la famille de substitution, vu que le pauvre shérif ivrogne (Mitchum) est aidé par un pistolero au grand coeur (John), un jeune fighter en post-formation (James Caan ici) et un vieux farfelu. Souvent téléphoné, éculé mais  parfum de nostalgie, répliques, gueules pas possibles. – L’Homme tranquille (1952, Ford, EU), que je n’avais pas revu depuis ma prime enfance. Le cinéma de Papa mais à déguster avec tendresse et mélancolie. De sublimes paysages irlandais et une famille du cinéma regroupée autour de son mentor pour un acte d’amour à la Terre d’origine. Ward Bond, Victor Mc Laglen et Maureen O’Hara pour une apothéose visuelle et un voyage dans le temps, l’âge d’or et l’utopie du petit village où tout le monde est bon, pittoresque…

Propriété interdite (Sidney Pollak, EU, 1967) avec Robert Redford et la sublime Natalie Wood, belle, sensuelle, émouvante, à tomber… de l’Empire State. Beau film qui n’arrive pas à conclure et se termine plusieurs fois, offrant une gradation de perceptions. Film d’émancipation ? Oui mais non. Film d’amour enlaçant deux des plus félins de l’Histoire du ciné ? Oui mais non. L’histoire ou la morale ? Pollak, faut te décider ! Oscillation et rebondissements.

En vrac : Johnny Guitar (N. Ray, EU, 54), avec Joan Crawford et Sterling Hayden – La solitude du coureur de fond (T. Richardson, GB, 62) avec Tom Courtenay, Michale Redgrave et… le tout tout jeune James Fox ! Tony de la fameuse tribu Richardson, avec Ralph l’immense acteur shakespearien et les soeurs (filles de Vanessa Redgrave, que Tony quitta pour Jeanne Moreau).

Les Guillotines (2012, Chine/HK, Andrew Lau) par un réalisateur qui n’a jamais confirmé Internal Affairs et nous offre un faux beau film et vrai navet, personnages inconsistants et récit délavé par la leçon d’histoire… qui ne mène nulle part.

Ô God ! Une version calamiteuse de Dix Petits Indiens… traduit par Dix Petits Nègres... même quand on nous montre les figurines d’Indiens ! Un ciné commercial où l’on retrouve de bonnes bouilles comme Oliver Reed ou Gert Fröbe, Richard Attenborough (qui allait réaliser Gandhi !), Adolfo Celli…

Un Billy Wilder mineur avec cette Vie privée de Sherlock Holmes tout de même amusante, un peu BD, finalement émouvante. Au moins la deuxième vision.

2016

En vrac, car je n’ai plus le temps de suivre au niveau commentaires, visionné en cette fin d’année :

*** Ivan le Terrible (Eisenstein, Russie, 44)

** Duel de femmes avec Joan Crawford et Greer Carson qui éclipsent Robert Taylor et Herbert Marshall… pour la superbe scène de dialogue sur l’adultère

* La femme aux deux visages (Cukor, US, 41) soit le dernier Garbo !, Du sang sur la neige (Raoul Walsh, EU, 43) avec Errol Flyn pour un grand film d’action au Canada face à de très vilains nazis, Terreur sur le Britannia/Juggernaut (R. Lester, GB ) avec Omar Sharif et 10 000 vedettes de l’époque, pas loin du premier film catastrophe ?, Deux Soeurs avec Cary Grant, Mirna Loy (classe !) et Shirley Temple pour sa dernière apparition, La Ville enchaînée avec John Forsythe, Ulysse avec Kirk Douglas, Lust for Life/La vie passionnée de Vincent Van Gogh (V. Minelli) avec Kirk Douglas pour un film sur l’art et la vie très émouvant,

BOF : Le Voyage avec Yul Brynner et Deborah Kerr, Hurlements (Joe Dante) kitsch et médiocre

 Gone with the wind/Autant en emporte le vent (Victor Mc Laglen, ). Cette vision-ci, ça m’éclate en plein visage : ce film a été le plus grand succès de tous les temps (et étiqueté « plus grand film de tous les temps » de manière un peu précipitée) parce que… c’est une mise en abyme des plus simples du rêve américain et… du capitalisme/libéralisme, mais aussi avec cette ingénieuse idée de disposer en filigrane un message tout autre et opposé. Bref, comme dans les meilleurs livres religieux, on y lit tout et son contraire. Melanie/Ashley versus Scarlett/Rhett.

Il faut se faire violence pour grimper dans la nuance et distinguer, à l’intérieur des couples polarisés,  un Rhett d’une Scarlett et une Melanie d’un Ashley. Il est tout de même sidérant que cette Scarlett, hideuse figure de le l’égoïsme, du carriérisme, de l’opportunisme, de l’exploitation de l’autre au nom du profit, bref, ce parangon de l’ultralibéralisme, sans foi ni loi, ait tant fasciné, alors qu’elle est à mille lieues des canons véritables du féminisme. Une femme libre ? Sa caricature !

Les assassins sont parmi nous (Wolfgang Staudte, 46). Je désirais le découvrir depuis 150 ans et… le message est beau, soit, mais l’emballage un peu sec. Teinté de néoréalisme à l’italienne ? On est impressionnés par la balade dans le Berlin en ruines, les maisons lézardées ; on est parfois surpris par le jeu monolithique et allumé tout à la fois du jeune premier, le côté un peu trop doux/positif/rose de l’actrice principale… qui va pourtant devenir l’actrice majeure de l’Allemagne post-45 (si on excepte évidemment MD), Hildegard Knef. On reste parfois sur sa faim. Qu’est-ce qui a mené cette fille dans un camp de concentration ? Elle est juive ? Ce qui surplombe l’ensemble, malgré ses approximations, c’est un cri primal d’indignation, qui jaillit viscéralement de l’être entier de l’ex-docteur et ex-officier de la Wehrmacht, face à l’horreur de la guerre, à l’horreur des crimes qui s’y commettent impunément. Impunément ? A vérifier ! Bravo au metteur en scène d’avoir osé adapter un récit de Simon Wiesenthal !

The Rackett (John Cromwell… et Mel Ferrer, 1951). Un film oublié, qui n’a même pas droit à son article Wikipédia. Auquel aurait collaboré le beau Mel, l’époux, un temps, de la belle Audrey, et grand ami de Gregory, qui les avait présentés. Un film… oubliable mais agréable. Trop de clichés, sans doute, avec cette impression d’une assez pâle copie du film noir de Lang avec Glen Ford et Gloria Graham. La corruption des politiques. Un caïd psychopathe. Des attentats contre des flics intègres mais trop lisses, inconsistants. On ne voit quasi jamais sous la carapace. Et les seconds rôles sont peu glamour. A noter : ce Cromwell metteur en scène est le père du fameux acteur James Cromwell ; le jeune journaliste a la tête si caractéristique (Robert Hutton) est le présumé Rocco d’un des meilleurs épisodes de la mythique série Amicalement vôtre« .

Je devrais plutôt trouver le temps de commenter mes nouvelles visions de chefs-d’œuvre absolus :
Lawrence d’Arabie (David Lean)
Vertigo (Hitchcock)
Blow up (Antonioni)

… ou la découverte de pépites :

Le Limier (Mankiewicz), dont j’avais vu un remake, que je rêvais de découvrir enfin. Michael Caine écrasé par la performance extraordinaire de Lawrence Olivier ! Un huis-clos drôle et dramatique, un policier aux accents gothiques. A noter : la pièce de départ est due à la plume d’un des jumeaux Shaffer (l’autre a écrit notamment Amadeus).
Vivre libre (Renoir) avec un sublime (cabotin) Charles Laughton devant une Maureen O’Hara, encore fort jolie, qu’il retrouvera plusieurs fois (Auberge de la Jamaïque, Le Bossu de Notre-Dame)… et mon cher George Sanders… en collabo plutôt sympa. Un film très très intéressant sur la problématique de l’occupation, de la résistance, de la collaboration. Qui se conclut par un discours qui surpasse peut-être celui de Chaplin à la fin du Dictateur ! FOR-MI-DA-BLE !
Sans oublier un mot sur la suite de mon cycle Cary Grant : Un million clé en main (H.C. Potter, ) et La Course aux maris (Don Hartman,). Deux comédies amusantes de 1948. A noter : dans la deuxième, Cary joue avec son épouse Betsy Drake ; la première, une désopilante aventure d’acquisition/rénovation de maison, nous a rappelé bien des souvenirs !
Pile ou face (H.C. Potter, 43) ET Passion fatale (Robert Siodmak, 49).
Le premier avec Cary Grant et Laraine Day. Le deuxième avec Gregory Peck et Ava Gardner.
Je ne peux m’empêcher de les coupler car ils réunissent tous deux des couples d’acteurs divinement glamour tout en présentant les ravages du jeu, la rédemption par l’amour, des intrigues fondées sur la psychologie, la difficulté d’être libre et heureux, voire les rapports homme/femme, la castration familiale, l’attraction du Mal et ce filigrane chrétien omnipotent. Cette réflexion encore : le cinéma, avant de s’effondrer en entertainment pur à usage des ados, livrait de fort nombreuses leçons de vie, à la suite du théâtre somme toute, nous invitant à méditer sur nos vies et nos vices, la difficulté d’être au monde. Souvent, la comédie, le mélodrame étaient un sucre enrobant un mets fin et subtil.  Bien que le deuxième film affiche Christopher Isherwood (au scénar) et Dostoïevski (idées de départ), j’ai préféré, et de loin, le Grant/Day, trouvant que Cary était polytique (sic !)  comme jamais et Laraine belle/émouvante à ravir (apparemment une personne formidable aussi dans la vie).
A côté de cela, revoir Les Valseuses (Blier, 74) ! Je suis passé par deux états d’esprit opposés. D’abord la sensation d’un cinéma d’esbroufe qui se veut décapant mais qui a beaucoup vieilli parce qu’il ne valait que par le choc, la révélation d’une poignée de talents d’une génération nouvelle (Dewaere, Depardieu, Miou-Miou, Huppert sans parler des filigranés Jugnot et Lhermitte), un anticonformisme fort conformiste car formé de clichés et d’amalgames tout aussi répugnants que ceux du camp réac. Ensuite, l’envie de tirer à vue sur les délinquants m’est passée… emportée sur l’aile d’un ange… on était passé soudain à autre chose, je ressentais une grâce, un souffle (où il veut, dit la Bible). La dérive gratuitement ludique et acide avait débouché sur une approche de la condition humaine, une quête véritable… des pépites de sens émergeaient… Je me RE-disais : « Putain, oui, malgré tout, c’est un film à voir, oui, mais jusqu’au bout alors et attentivement. »
La Tentatrice (Fred Niblo, 26) avec Greta Garbo toute jeune (21 ans, 2e film aux States) et fort… expressive. Trop ? Une histoire de femme fatale qui ravage tout ce qu’elle touche mais qui finit par tomber réellement amoureuse…. ce qui lui est fatal. Mais qui est à condamner ici de la femme ou des hommes, plus veules les uns que les autres (sauf le héros, quoique…).
Grandmaster (Wong Kar Waï, 2013) Un film contemporain ! Ca m’arrive. Chinois. Arts martiaux. Le biopic d’Ip Man, le mythique professeur de… Bruce Lee. Avec les excellents Tony Leung (le Clark Gable chinois, a dit De Niro) et Zhang Yiyi. Un grand film ? Non. Un peu trop arrondi sur les angles. Pas très clair non plus quant aux intentions. Plaisant.
Femmes/Women (Cukor, 39) Le cinéaste de LA femme tournant avec la crème des actrices hollywoodiennes et… AUCUN homme ! Norma Shearer, Joan Fontaine, Joan Crawford, Paulette Godard, etc. Doit-on rire des travers mis à nu ou regretter la tragédie qui mine les rapports ?
Mannequin (Frank Borzage, 37) avec Spencer Tracy et Joan Crawford. Très beau film psychologique ! Une battante veut échapper à la misère et trouver l’amour mais se trompe sur toute la ligne pourtant… sous le regard enamou43ré d’un patron pas comme les autres, incroyablement social. Le Pretty Woman du… riche ? Une utopie sociale et conjugale ?  Avec, pourtant, en contrepoint, cynique, le véritable monde dans lequel une minorité de romantiques et de purs se débattent ? Connivence profonde avec ce si oublié (de la TL et du grand public) cinéaste qui est une référence pour les cinéphiles, avec cette Borzage touch où il est question de délire, d’amour fou bravant les épreuves (découvert avec Ceux de la zone, toujours avec Tracy) ! A noter que l’amoureux d’enfance de Joan est immonde (Alan Curtis), le bon à rien qui passe son temps à jalouser, traficoter, gaspiller. Berk !
Un Homme est passé (John Sturges, 55). Un film magnifique. L’Amérique qu’on aime ! Car elle se montre… haïssable. Sturges, ici, rappelle Douze hommes en colère par son côté éthique, citoyen. Il secoue, fait réfléchir, nous présente un miroir qui renvoie une image hideuse de la nature humaine. Le pitch ? Un vieux soldat manchot (Spencer Tracy) débarque du train au lendemain de la guerre de 39-45.  Un train qui ne s’est plus arrêté dans ce trou perdu de l’Amérique profonde depuis… 4 ans. Que vient-il faire ? Très vite, la population se montre très hostile, comme si elle avait de lourds secrets à celer. Qui est-il ? Pourquoi s’intéresse-t-il à un Japonais disparu au lendemain de Pearl Harbour ? Il y a une ambiance de western crépusculaire avec l’omniprésence du désert, la loi du plus fort, les règlements de compte, des clins d’oeil même aux duels typiques du genre. Et si on ajoute que les méchants de service sont Robert Ryan, Ernest Borgnine et Lee Marvin… !
Marie Walewska (Clarence Brown, 37) avec Greta Garbo et Charles Boyer. Quel accent, Charles ! L’histoire d’un bel amour (celui de Marie) et une réflexion aussi sur la trajectoire (ambigüe) de Bonaparte. Emouvant mais un peu convenu.
Répulsion (Polansky, 65) avec Catherine Deneuve. Glauque à souhait. La dérive d’une jeune femme sombrant dans la schizophrénie. Peu glamour malgré Deneuve qui joue TB la folie mais pas l’abandon physique consubstantiel. Plus craquante la mythique Yvonne Fournaux .
Les Dix Commandements (1923, Cecil B. De Mille). Enfin vu la première version ! Un film très curieux, à vrai dire, qui m’a semblé une tentative (ratée) de refaire Intolérance, soit un film qui combine plusieurs films, différentes époques reliées par un thème. La première partie raconte Moïse et l’Exode, le Veau d’Or, la Mer Rouge, les Dix Plaies, etc. mais on regrette à chaque instant le charisme de Charlton Heston et les extraordinaires effets spéciaux du remake, on ne voit qu’un récit amputé, qui semble amidonné. Par contre, la deuxième partie, qui nous projette dans l’Amérique contemporaine de la misère sociale et du capitalisme à tout crin, est très émouvante et le ton très moralisateur passe la rampe. On se prend d’empathie pour le frère amoureux d’une vagabonde recueillie, son sacrifice, sa générosité, ses principes. Avec la belle leçon qui oppose quasi catholicisme et christianisme, soit l’excès de religiosité face à l’amour du prochain.
Mon épouse favorite (Garson Kanin, 40). Cary Grant se trouve écartelé entre deux femmes, quand sa première épouse (Irene Dunne), annoncée disparue dans un naufrage, réapparaît alors qu’il va se remarier ! Mais quel est cet homme avec lequel elle a passé sa Robinsonnade ? Randolph Scott, le bellâtre ? En route pour une comédie rythmée et amusante. A noter : Randolph et Cary ont vécu ensemble des années dans la vraie vie, une amitié si forte qu’elle alimenta les rumeurs.
Du sang sur la piste (Ray Enright, 47) : avec Randolph Scott (raide mais j’adore !) et Robert Ryan. Western ô combien classique avec la lutte entre éleveurs de bétail et cultivateurs, loi du plus fort et marshall aux colts d’or. Ah oui, et les deux femmes, la gentille égoïste et la mauvaise au grand coeur… qui travaille au saloon, bien sûr !
On a gagné ce soir (Robert Wise, 49 ) avec Robert Ryan. L’un des plus grands films de boxe jamais tournés. Mythique. Déprimant surtout. Quoique.

Ninotchka (Lubitsch, 39). Déjà, Lub, pour moi, c’est Dieu ! Le God de la comédie subtile qui bouscule la morale conformiste et rafraîchit l’air ambiant, ouvre les esprits à la modernité. Et là on touche à son top 5 officiel, le film mythique « où Greta Garbo rit » ! Greta, de fait, est sublime, et Melvyn Douglas à tomber de grâce et de raffinement. Pourtant, si j’ai bien ri et apprécié, ça me semble bien moins fort que mon top perso « Heaven can wait ». Tout de même, je comprends qu’aucun univers ne me convient mieux que celui-là.

Intrigues (Clarence Brown, 28). Je suis conquis par cette époque et l’ère du muet, ce raffinement absolu qui se passe de paroles, où les visages (d’acteurs prodigieux) expriment tout. Greta est fraîche et sublime d’élégance (physique et morale… au 2e degré !). Douglas Fairbanks Jr jeune premier absolu, des allures de Dorian Gray. Quant à John Gilbert, il forme à cet instant avec la Divine le plus grand couple de l’histoire du cinéma. Avant d’autres, soit. J’ai adoré cette histoire d’un triangle ou d’un quatuor, où des liens intenses et ambigus relient chacun. Cette incapacité à communiquer, faire confiance, s’émanciper de ses ornières. Ca bouleverse et pulvérise le code éthique commun à la Lubitsch !
Berlin Express (Jacques Tourneur, 48) avec Robert Ryan et Merle Oberon, mon amour d’enfance (cette beauté singulière… de par des origines métissées cachées !). Une série B et des aventures plaisantes. Avec Charles Korvin, le futur… Aigle de la série mythique Zorro (terreur de mon enfance, ce mystérieux ennemi à la tête d’un complot !). Et puis beaucoup de temps passé dans un train, des relations entre des personnes de nations différentes, bref un parfum humaniste et mondialiste, voilà qui m’a toujours ravi.
Ben Hur (Wyler, 59). Revu encore et encore ! Un des films de mon enfance. Charlton Heston est très émouvant car il est à la fois granit athlétique et sensibilité écorchée. Une certaine perfection virile ? Malgré le filigrane homosexuel si commenté ? Et si… drôle.
Against all flags/A l’abordage (G. Sherman, 52) avec Erol Flynn, Maureen O’Hara et Anthony Quinn. Aventures corsaires. Surannées. Malgré le brio d’Errol. Je digère mal la métamorphose de Maureen, sublime dans Jamaïca Inn et devenue la femme virile ensuite.
Duel (Spielberg, 71). Le seul film auquel j’ai conféré, au sortir de l’adolescence, la note maximale. La perfection narrative… avec des bouts de ficelle. Bref, Spielberg… avant et contre Spielberg.
What happened to Baby Jane ? (Robert Aldrich, 62). Profondément glauque, dérangeant. Deux grandes actrices (Bette Davies et Joan Crawford) sur le retour mais impressionnantes nous entraînent dans un huis-clos où l’enfer, c’est VRAIMENT les autres (ou soi même ?). La version féminine de Caïn et Abel ?
Le tourbillon de la danse (33, Robert Leonard) avec Clark Gable et Joan Crawford. Gentil.
Tom Jones (Ralph Richardson, 63) le nouveau ciné british avec un film en costume décapant ! Excellent Albert Finney, délicieuse Susanna York, formidable Hugh Griffiths ! Et cette condamnation du pharisianisme ô si saine ! Désopilant, grivois, picaresque !
Le Procès Paradine (Hitch, 47) avec Gregory Peck et Alida Valli, Louis Jourdan. Un Hitch mineur mais magnifiquement filmé (le procès !) et délicieusement coquin (Charles Laughton pervers au possible).

Une place au soleil (51, George Stevens) Oui, LE Stevens de Giant et de plusieurs top 100 de l’AFI. D’ailleurs, on est au top du top ici, absolu. Sherman est un type très engagé qui ose pourfendre l’Amérique en utilisant le moule hollywoodien détourné. Du grand art ! Mais triste à mourir aussi. Montgomery Clift épatant et Elisabeth Talor belle comme jamais ! Shelley Winters à tuer (et de fait, de film en film, on les comprend !) !

Sept hommes à abattre (56, Butt Boetticher) avec Randolph Scott. Une histoire de vengeance qui ne casse pas des pattes à un mouton.
When Harry meets Sally (
Butch Cassidy et le Kid (George Roy Hill, 69). J’avais toujours rêvé de le voir et c’est fait. Le duo mythique Newman/Redford pour une ode à la liberté pleine de charme, de jeunesse. Et la chanson !
Lame de fond (46, Minelli) avec Hpeburn entre Mitchum et (Robert) Taylor. Un côté Jane Eyre ou Rebecca… du pauvre ?
1900 (Bertolucci, 1976). Ah, ça ! Au coeur de ma De Niro mania de mes 20 ans. 5h de projection à l’Actor’s Studio à l’époque. Fresque sublime et sordide. Des scènes mémorables. Dont une des plus hideuses jamais vues (l’enfant pris au piège par Attila et sa femme). Des fragments de beauté pure mais un univers putride. Peinture naïve des idéaux de gauche ou métaphore puissante sur la responsabilité, le padrone « qui n’a jamais rien fait de mal » figurant l’homo occidentalis qui part en vacances en Egypte et possède 123 chaînes sur le dos du Tiers-Monde ?
Tirez sur le pianiste (Truffaut, 1960). Un polar ? Non, un navet incongru qui hésite entre divers tons. Quelle maladresse ! Jamais compris que ce François, si brillant comme analyste du cinéma (ses entretiens, mythiques, avec Hitch !), fut si pitoyable comme créateur. Ou un truc m’échappe ? Certes, la saga Doisnel a un certain charme (désuet), j’ai aimé, jeune, La Nuit américaine mais…  Reste le plaisir de revoir Marie Du Bois (ou Dubois ?) si jeune et brune ou surtout l’Angélique de notre adolescence, Michèle Mercier, hyper-craquante en jeune prostituée au grand coeur.
Sept ans de réflexion (Billy Wilder, 1955). Un Wilder, déjà, l’héritier du grand Lubitsch ! Et l’une des plus belles apparitions du « sexe collé sur le visage » (Hitch, lui refusant un rôle) Monroe ! Le film mythique à cause de sa scène mythique (la jupe de Marilyn qui vole sous un appel d’air de bouche de métro) ! Mais c’est une superbe comédie qui ridiculise avec bienveillance l’American way of life, notre hypocrisie, nos fantasmes. Quel homme ne s’y reconnaîtra pas peu ou prou ? Nous sommes tous des Tom Ewell ! Hélas !
Ziegfried Folies (Vicente Minelli, 1946) : un film patchwork hommage aux comédies musicales, avec un défilé de toutes les gloires chantantes et dansantes. Faut aimer ! Mais voir danser Fred et Gene ensemble…
La roulotte du plaisir (54, Minelli… encore !) : un film amusant mais kitsch, fort vieilli, avec Lucille Ball et Desi Arnaz (son mari), qui furent les vedettes TL américaines les plus populaires, les aventures d’un couple qui a décidé de traverser les States en roulotte ultra-moderne et qui accumule les mauvaises surprises.
La femme sur la plage (Jean Renoir, EU, 1947) : film très étrange qui conclut la période US de Renoir, avec Robert Ryan et la belle (mais malsaine, comme Gloria Grahame) Joan Bennett. Un militaire traumatisé, poursuivi par des rêves dignes de Freud ou Dali, rencontre une fatale le long d’une plage puis son couple, c’est-à-dire un mari névrosé, aveugle (ou pas ?), joué par Charles Bickford, un ex-grand peintre. Le voilà écarté de sa fiancée, plongé dans un faisceau de relations sulfureuses. Mais. Tout est confus dans ce film !
J’ai été très troublé par deux westerns assez méconnus, Le Vent de la plaine (J. Huston, 196.) et L’homme sauvage (1968, R. Mulligan).
Troublé parce qu’ils présentent des situations qui mettent mal à l’aise et semblent figurer un entre-deux du rapport à l’autre, l’étrange, l’étranger. Des films ambigus avec un parfum… comment dire ?… biblique ? métaphysique ?
Salvaje, dans le 2e, a quelque chose du camionneur de Duel aussi, ce n’est pas un homme mais l’incarnation d’une force brute (et plutôt brutale).
Du coup, cette évidence qui m’a déjà sauté aux yeux quelques fois : des oeuvres B sont parfois beaucoup plus interpellantes et… riches somme toute… que des oeuvres A.
Ceci dit, on parle de films de John Huston et Robert Mulligan !
Même si le grand John a renié un film totalement détourné par les producteurs.

Cycle Fritz Lang

Attention, on touche au mythe absolu pour moi, qui vis depuis ma jeunesse avec l’idée que Lang et Hitchcock sont les deux cinéastes les plus proches de mes conceptions narratives et créatives. J’ose donc revisiter mon passé et découvre illico combien superficielle était mon approche du monstrueux créateur judéo-allemand. En attendant de visionner Les Trois Lumières (1921), Les Niebelungen (1924, deux parties), Les Démons s’éveillent la nuit (1952), je suis subjugué par Metropolis (1927), Les Espions (1928), La Femme sur la Lune (1929), mais j’aime aussi Désirs humains (1954), Furie (1936), Les Bourreaux meurent aussi (1943), Espions sur la Tamise (1944), La Femme au portrait (1944), La Rue rouge (1945), L’invraisemblable vérité (1956). Je revois avec plaisir L’Ange des Maudits (1951) ou The Big Heat (1953), avec un plaisir infini Le Testament du Docteur Mabuse (1933) ou Docteur Mabuse (1922, en deux parties et près de 5h !).

Cycle Woody Allen

Bananas (1971) et Woody et les robots (1973) sont amusants mais sans guère de relief, contrairement à l’un  ou l’autre sketch de Everything you wanted to know about sex (but were afrid to ask) (1972). Annie Hall (1977) : Woody passant à une veine plus intimiste et sérieuse ; l’un de ses grands classiques mais je ne suis pas très fan de Diane Keaton, ça m’a paru un peu daté, un peu cheap. A contrario, j’ai été assez touché (et plus qu’à l’époque) par Stardust Memories (1980), j’ai apprécié aussi Manhattan (1979) ou Comédie érotique d’une nuit d’été (1982). Par contre, impossible de poursuivre l’ennuyeux Zellig (1983).

Le Mécano de la General (Buster Keaton, 1927), que je découvre pour la première fois ! Enfin ! Après mon premier Keaton en 2015 ou 14 au Centre Culturel d’Uccle : Sherlock Junior (1924). Et avant L’Opérateur (1928).

Le Vent (Victor Sjoeström, 1928). Le film présenté comme LE plus grand muet de tous les temps ! Enfin ! Troublant ! Fascinant ! Avec Lilian Gish !

Grand Hôtel (Edmund Goulding, EU, 1932) : TB ! Aves les frères Barrymore, Greta Garbo et Joan Crawford, Wallace Berry !

L’homme fatal (GB, 1944, Anthony Asquith) : B avec Phyllis Calbert et Stewart Granger, James Mason

2015

Mini-cycle Laurence Olivier

Hamlet (de et avec LO, 48). Magique ! Envoûtant ! Les décors sont sublimes, l’interprétation définitive ? Lady Hamilton (Alexander Korda, 41) avec Vivian Leigh, superbe, qui sera l’épouse de sir O.  Orgueil et préjugés (Robert Leonard, 40) : d’après Jane Austen, parfois si moderne et parfois si old-fashioned. Le Prince et la Danseuse (de et avec LO, 57) : avec Marilyn Monroe sexy à tomber mais… tout de même un peu trop idiote, non ? et vulgaire ?

D’affilée. Le Gaucher (Arthur Penn, 58) : pré-mai 68 ? Les Maraudeurs attaquent (Samuel Fuller, 62) : avec l’oublié Jeff Chandler et ses cheveux blancs, qui meurt à la sortie de ce grand succès du film de guerre, à 42 ans. Le dernier Tango à Paris (Bertolucci) qui m’a semblé bien vieilli et un peu ennuyeux. 1900 (Bertolucci). Scarface (Hawks), La grande parade (King Vidor). Shangaï Express (Sternberg) avec Marlène Dietrich à tomber d’élégance vénéneuse, très beau film ! Le troisième homme (Carol Reed) avec Orson Welles et Joseph Cotten, tous deux formidables, Vienne sublimement filmée, une musique mythique envoûtante, un très grand film ! Atlantique latitude 41° (Roy Ward Baker, 58, GB). Le Titanic !

Mini-cycle Ingrid Bergman

J’ai entamé une immersion dans la carrière de la plus grande et plus belle actrice de tous les temps. Je suis sidéré qu’on ose mettre Katharine Hepburn à son niveau alors qu’il n’y a vraiment pas photo. Mais. Ingrid a choqué l’Amérique, voilà. Elle ne s’est pas conformée aux lois sociétales. Une femme qui se réalise. Qui peut abandonner maris et enfants, Hollywood et gloire, argent facile… Drôle et charmante dans la vie, pourtant. Elle me rend définitivement féministe. Pour moi, il y a Ingrid, Audrey et Monica. Louise, si on remonte fort loin.
Avant de revoir Casablanca (M. Curtiz, 1942) ou  Stromboli (R. Rossellini, 50), de découvrir La Peur (RR, 54), et juste après Intermezzo (l’original de Gustav Mollander, 1936) ou  le beau Voyage en Italie (RR, 54), un film méconnu où elle tient tête (déjà) à mon si cher George Sanders : La Proie du mort (W.S. Van Dyke, 1941). Evidemment, elle est divinement belle à cette époque. Son visage exprime comme nul autre. La regarder se brosser les dents me plongerait-il dans l’extase comme une Monica Vitti ? Oui. Tudieu ! George et Ingrid, pourtant, se font voler la vedette par l’excellent Robert Montgomery, terrifiant (sobrement, l’anti-Mitchum de la Nuit) en mari paranoïaque. Un récit agréable, un film intéressant. Ensuite, on passe à la collaboration divine avec sir Alfred. Avant de revoir La Maison du Docteur Edwards (45) ou Les Enchaînés/Notorious (46), où elle forme le plus beau duo de tous les temps avec Cary Grant, j’ai donc plongé dans une nouvelle lecture des Amants du Capricorne (49), un film en costumes, quasi incongru dans l’oeuvre du génie mais touchant, interpellant, avec cette odyssée dickensienne en filigrane d’un thriller inachevé, une sorte de sous-Jane Eyre, un parfum de Rebecca ou des Hauts-de-Hurlevent. Bref, des amours interdites, le cloisonnement social, une malédiction, une machination… Avec de brillants Joseph Cotten et Michale Wilding (very british). Puis. Hantise (G. Cukor, 44), qui poursuit le sillon gothique et voit Ingrid victime d’une manipulation perverse dans une sombre affaire criminelle qui la précipite peu à peu vers la folie dans une maison aux allures psychotiques. Avec un effrayant Charles Boyer et un remarquable Joseph Cotten (encore !). Pour qui sonne le glas (Sam Wood, 43) : un mélodrame avec Gary Cooper sur fond de guerre civile espagnole et de roman culte de notre cher Hemingway (toute notre jeunesse ! rendez-nous les neiges… du Kilimandjaro !). Jeanne d’Arc (V. Fleming, 48) : début poussif et je me dis qu’Ingrid aurait dû s’abstenir car sujet casse-g…. Mais, à partir du procès, on passe dans la 4e dimension pour une démonstration absolue du jeu. Une intensité… incandescente ! On appréciera aussi le jeu de José Ferrer en dauphin lâche et cauteleux. Mais le film, globalement, a beaucoup vieilli et ne passionne que par la passion (au sens christique) de Joan of Ark. Comique : Gilles de Rais, sous-exploité : gros plan sur sa trogne de vicieux sombre aux secrets inavouables puis… plus rien du tout ! Et il faut s’y connaître en histoire pour saisir l’image quais subliminale.

Mini-cycle Hitchcock

Je viens de revoir une manne de perles de Tonton Hitch. Et j’y ajouterais sa contribution à ce qui aurait dû être le plus célèbre documentaire de l’Histoire. Sa contribution (montage et conseils divers, parfois fondamentaux) au film de Sidney Bernstein, son ami juif, sur la Shoah… en direct des camps ! Oui, ces deux-là auraient dû…. bien avant Lanzmann… mais la censure politique a plongé leur oeuvre dans les archives, claquemurée. Il ne fallait pas démoraliser la population allemande, qui devenait du jour au lendemain une alliée contre le péril rouge (Hitler est mort, vive Staline ?). Sinon. Vu enfin (ou revu car des images me parlaient ?) L’Auberge de la Jamaïque (1938 ?), l’autre film en costumes du grand homme (avec le récit australien). Poussif ! Même si Maureen O’Hara est étonnamment belle, comme les décors (landes, auberge, littoral), et la scène initiale une des plus cruelles et sombres de l’univers hitchcockien, qui n’en manque guère pourtant. Les grimages passent mal aujourd’hui et Charles Laughton (ce double d’Hitch), que j’adore en général, cabotine comme jamais. Quant au jeune premier, Robert Newton, il est… loin d’un Cary Grant, on dira, niveau glamour. The wrong man/Le faux coupable (56) : mise en abyme de l’oeuvre de Tonton Hitch avec un excellent Henry Fonda martyrisé par la justice et la veulerie populaire. Les 39 marches (35) : lié à des souvenirs personnels (le premier Noël de mon épouse chez mes parents). Curieux. J’aime davantage à chaque vision ! Une influence de plus en plus majeure pour moi !

Mini-cycle Vicente Minelli

Some came running/Comme un torrent (Vicente Minelli, 1958) : 50e meilleur film de tous les temps pour les Cahiers du Cinéma, je crois. Des acteurs au top : Sinatra et Shirley Mc Laine, Dean Martin (oui, 3 locos du Rat Pack), Arthur Kennedy. Une histoire touchante. Un ex-militaire qui veut être écrivain mais se perd, se cherche, erre entre deux mondes, en panne de repères. Décidément ! Ce Minelli était quelqu’un ! On lui doit des perles absolues : Un Américain à Paris, Les Ensorcelés, Tous en scène. Mais un méconnu Thé et Sympathie (56) nous a enchantés. L’histoire d’un jeune étudiant marginal ou marginalisé parce que trop raffiné, encore un garçon qui rêve d’être auteur. Puis John Kerr rencontre Deborah… Kerr (pure homonyme), l’épouse du prof de sport, qui va jouer les initiatrices… tout en étant révélée à elle-même ? Très émouvant et instructif. Là, encore, le cinéma qui fait grandir. Et que dire alors de… Celui par qui le scandale arrive (Minelli, 60) ? Avec Mitchum et Eleonore Parker mais les deux montants d’alors aussi, les deux George, Peppard et Hamilton. Très critiqué à sa sortie mais réhabilité par les Cahiers. Minelli me semble un auteur tissant des récits très touchants, qui plongent dans l’intime, la difficulté à assumer ou construire une identité. Un mélo ? Oui mais qui m’a mis la larme à l’oeil !

Mini-cycle des plus grandes comédies

Curieux. Je viens de visionner quasi d’affilée les 3 plus célèbres (et meilleures) comédies de tous les temps : Some like it hot (Billy Wilder, 59), Bringing up Baby (Hawks, 38) et The Party (Blake Edwards, 69) ! Trois époques et trois styles… imparables.

Mini-cycle sur la culture pop

Hair (79, Forman) avec John Savage. Film culte de l’ère hippie. Sympa mais… ça ne me parle guère. Puis. More (69, Barbet Schroeder, Fr/All). Film culte de l’ère hippie. Cet instant de grâce absolue où Mimsy Farmer (renversante de beauté !) danse tout de blanc (dé)vêtue sur un muret d’Ibiza, la mer en arrière-plan, la musique de Pink Floyd en toile de fond ! Mise en abyme d’un film insolite, qui mélange du mal fichu (intrigue un peu poussive, seconds rôles dignes de Derrick) avec du brillant, du bouleversant. On est comme suspendus entre le paradis et l’enfer, le grand amour et la beauté des voyages contre l’aliénation des drogues, l’autodestruction, la toxicité de certains êtres. Bref, troublant. Comme l’Art devrait l’être. Et mieux vaut une oeuvre artistique avec des défauts qu’un produit parfait formaté, non ?

Quelques classiques des 70ies :

The Offence (Sidney Lumet, 72). Avec Sean Connery. Un cas, ce film ! Sean sollicité pour reprendre Bond fait du chantage : ok si je peux tourner 2 films plus difficiles, que je choisis (soutenus par la production Bond). Du coup, il peut soutenir cette production très originale de Lumet, très sombre, où il joue à contre-emploi dans un récit atroce sur la pédophilie et la violence latente en d’aucuns. Même la manière de filmer (les cadrages) est décapante. Trop ! On a peur de casser l’image du Sean et on bloque le film qui ne sera pas diffusé en France durant 35 ans. Il n’aura même jamais un titre français (tant mieux !). Du coup, bide. Et pas de 2 film d’auteur non plus. Injuste. Scandaleux, même. Ceci dit, le film est plus intéressant que passionnant. Et met très mal à l’aise. Amusant : on y retrouve des acteurs de séries TL british (The Persuaders ou The Avengers).

Call me Mr Tibbs  (Gordon Douglas, 1970). La suite des aventures du lieutenant Tibbs joué par Sidney Poitier, le 2e volet d’une trilogie entamée avec l’oscarisé (et remarquable) Dans la chaleur de la nuit (de Norman Jewison, 1968). A mon avis, Sidney a beaucoup fait pour la cause afro-américaine, un peu comme le Président Palmer de 24, habituant le spectateur américain à apprécier ou admirer un héros noir. C’est un bel et bon acteur et le film s’attache à décrire son environnement, comme s’il fallait souligner qu’il défend les valeurs de l’Amérique : la vérité à tout prix, le désir de donner une bonne éducation et de résister à la tentation, de punir ceux qui y succombent… On est très très en-dessous du Jewison. Le film, pourtant assez célèbre (à cause du titre, qui est l’une des plus fameuses répliques de l’histoire du cinéma… dans le tome 1 ?), ne m’a guère emballé. Avec cette curiosité d’observer autour de Sidney une série d’acteurs surtout célèbres pour leurs prestations sur le petit écran, de Joël Corey (Les Mystères de l’Ouest) à Ed Asner (formidable dans Rich Man, Poor Man) ou Martin Landau (Mission Impossible et Cosmos 1999), qui est lui une immense pointure all grounds (La Mort aux trousses).

Rollerball (Norman Jewison, 75) : un film très violent que je rêvais de voir ado, qui a un peu vieilli. Avec cette étrange sensation que le cinéma des années 70 ressemblait à de la TL, notamment les acteurs un peu plouf (je ne parle pas de l’excellent James Caan).

Love Story (Arthur Hiller, 1970) : un duo d’acteurs épatant (Ryan O’Neal avant ses 150 kgs et Ally Mc Graw) pour le mélodrame du siècle (euh ?), une histoire sympathique mais un peu poussive.

Quelques classiques des 60ies :

Rosemary’s Baby (Polansky, 68) : film impressionnant et Mia Farrow crevant l’écran. Mais. La fin est si pénible, vulgaire et datée, grand-guignolesque, a contrario du suggestif qui a précédé. Avec un Cassavetes qui se demande ce qu’il est venu faire sur ce plateau ? On est loin de la rencontre mythique Orson Welles/John Huston !

La charge de la brigade légère (Tony Richardson, 1968). Par l’un des membres fondateurs du Free Cinema, avec Karel Reisz et Lindsay Anderson (sublime If !). Une charge (!) acerbe contre l’absurdité et la brutalité.

L’étrangleur de Boston (Fleischer, 68). Etonnant. Formellement, avec le découpage de l’écran pour introduire des scènes simultanées ou des perspectives différentes sur une même scène. Au niveau du fond aussi, car il y a une volonté d’interroger le phénomène des psychopathes, on dépasse le policier pour une réflexion éthique, une analyse scientifique. Avec un Henry Fonda rayonnant face à un Tony Curtis tellement à contre-emploi qu’on ne le vit quasi plus ensuite (sur grand écran, vu qu’il alla régner sur le petit).

Exodus (Preminger, 1960). C’est le film qui me fait le plus hurler en 2015 ! Alors que c’est un film magnifique au niveau cinématographique. Mais il cache (très mal) une propagande lourde, indigeste, hideuse même (quasi une apologie du terrorisme juif proto-israélien, bref de l’Irgoun). Il mérite un article de fond et un massacre soigneusement huilé ! Preminger a beau être le réalisateur du sublime Laura… Done : article pointu à suivre sur Karoo !

Ieri oggi i domani (De Sica, 63). Film à (3) sketches. Marcelo M. et Sophia L. en démonstration. Des gammes d’acteur qui ressuscitent une époque, un ciné italien qui nous manque souvent. Mais on reste dans le léger. Le premier récit (une fille qui évite la prison en faisant sans cesse des bébés) est un peu lassant puis ça monte en puissance. Ce n’est pas Miracle à Milan ou Le voleur de bicyclette mais…

Quelques classiques des 50ies :

Les 7 Samouraïs (Kurozawa, 54) : géant ! Vraiment formidable ! Mérite un article véritable, des pages !

Giant (George Stevens, 1955) : le dernier des 3 films de mon idole de jeunesse (ben, tiens !) James Dean. Elisabeth Taylor dans son plus beau rôle ? Rock Hudson fade comme toujours mais the right man pour le rôle.

La Nuit du Chasseur (Charles Laughton, 1955). Classé 2e meilleur film de tous les temps par les Cahiers du cinéma en 2008 ! On méditera sur le fait que ce film (éblouissant !) est l’unique réalisation de l’immense acteur Laughton… pour cause d’insuccès commercial. Il a fallu le recul (comme pour la plus grande série TL de tous les temps, The Wire, comme pour tant de chefs-d’œuvre)… Que le monde est injuste, qui glorifie si souvent des nullités pour ne voir émerger le talent ou le génie qu’après le décès des intéressés ! Pour un Hugo reconnu de son vivant, combien de Kafka ?

Le Voyage en Italie (Roberto Rossellini, 1954). Plébiscité par les Cahiers du cinéma comme le premier film moderne et un exemple à suivre. Adulé par des Truffaut et Rivette. Pour moi, alléchant : mon actrice préférée, Ingrid Bergman, et un de mes acteurs préférés (si pas LE), George Sanders. Un film étrange. Entre odyssée intimiste (un couple explore sa relation) et guide touristique (on se balade à Capri, Pompéi, Naples… et on a droit à des visites commentées !). Tout fut si improvisé, dit-on, que Sanders, rompu au professionnalisme hollywoodien, en pleura, consolé par Ingrid… avant d’apprécier l’originalité de m’aventure.

Vacances romaines (W. Wyler, 53. Wyler ! On lui doit Ben-Hur ou Les Hauts-de-Hurlevent aussi. Un des plus Grands… employés des studios hollywoodiens. Oui, c’est un peu nunuche (comme la Mélodie du Bonheur de Wise) mais c’est alors divinement nunuche. Car, du moment où elle apparaît à l’écran, Audrey Hepburn, encore si jeune alors, déclasse des dizaines de sex-symbols et des décennies de représentation de la femme à l’écran pour y installer la grâce et la classe, la délicatesse, la subtilité. La lumière implose l’écran et on se raccroche à la solidité placide teintée d’un fifrelin de cynisme du beau Gregory Peck (son meilleur rôle ?). Le film de Noël par excellence ?

La loi du seigneur (56, Wyler). Wyler ! Les Quakers dans la tourmente de la guerre de Sécession. Ca commence de manière horrifique car rose bonbon et nunuche. La petite famille modèle, la mère qui ne jure que par les bonnes manières, un code de morale sans écart, pas de musique, pas de violence, etc. Bref le monde balayé par mai 68. Gary Cooper, soit, il en impose toujours, sacrée présence mais sa fille est horrible et son fils aîné, joué par Anthony Perkins… hum… me crispe tellement, celui-là, si coincé, si… Et puis la mère, un repoussoir pour moi, l’épouse parfaite des 50ies ? Dorothy McGuire qu’on allait revoir dans… Peyton Place, non ? Logique. La TL. Comme Doris Day. Ces ménagères modèles qui donnent la nausée au féministe que je suis. MAIS. Le film avançant, on découvre autre chose. On est soudain (un peu) moins surpris que ce film ait décroché… la Palme d’Or à Cannes en 57 ou… 6 nominations aux Oscars. Pourquoi ? Parce qu’un véritable humanisme s’insinue progressivement pour nous montrer des êtres qui s’adaptent tant bien que mal à leurs principes. Avec humour et amour. Et cet élan transcende les bondieuseries pour une leçon d’humilité, de bonne humeur, de souplesse et d’ouverture à la différence. Wyler !

Témoin sous surveillance (Billy Wilder, 1957) avec Laughton et Dietrich, Tyrone Power. Je l’ai revu partiellement, pour le plaisir de ses répliques savoureuses, de son casting inoubliable et magique. Wilder est avec Kubrick et Hitch le seul réalisateur à placer 4 films dans le Top 100 de l’AFI, c’est dire son importance, son impact. Je l’adore ! C’est le fils (revendiqué !) de Lubitch. Lubitsch et Wilder, Hitch et Lang, ces 4-là (3 Juifs et un 4e qui avait un Juif comme ami/jumeau) ont une subtilité qui m’épate. Sans laquelle on ne pourrait vivre. Je m’en suis mille fois plus proche que des sentiments à l’américaine des Hawks/Ford, qui sont pourtant des génies.

La Captive aux yeux clairs (H. Hawks, 1952). A première vue, un bon petit film de genre (western) tourné par un Grand. Bref, bon casting (Kirk Douglas), narration rythmée, personnages solides, les décors de l’Ouest, qui offrent ici la variante d’une descente de fleuve (le Missouri). Une aventure de trappeurs et d’Indiens. Avec ce qu’il faut d’humour et de castagne. Puis, un peu plus loin dans le film, s’esquisse un second film, psychologique ou humaniste, où l’on voit la bêtise des préjugés raciaux, où l’on découvre des Indiens et des Blancs s’attachant les uns aux autres et dévoilant des personnalités attachantes. Un plaidoyer anti-raciste en avance sur son temps ? Avec une diatribe, d’ailleurs, contre la prétendue civilisation des Blancs, qui volent tout aux autres avant de se voler les uns les autres ? Si la narration n’est pas des plus brillantes, le contenu second rappelle à quel point des séries B ou des œuvres de genre peuvent aussi transmettre des sentiments ou réflexions susceptibles de faire évoluer, grandir leurs spectateurs. D’où cette interrogation : si un ado avait le choix entre un Pierrot le fou de Godart et ce film-ci, je conseille le film d’auteur adulé par la critique parisienne ou ce western ? Et, en bonus, un mystère : personne n’a jamais pu connaître les raisons qui ont poussé l’héroïne (aux yeux clairs) à tourner le dos à sa carrière fulgurante (mannequin puis actrice) dès la fin de ce… premier film, où elle avait décroché le buzz… à 26 ans.

Salomon et la reine de Saba (King Vidor, 1959). Ah mais j’en enfin découvert le film où se logeait une scène mythique de mon enfance (zieutée lors d’une Séquence du Spectateur ?). Salomon a été écrasé par les troupes de Pharaon (coalition avec pays alliés et même une partie d’Israël ralliée au frère de son roi) mais Dieu lui inspire (ben tiens !) l’idée géniale de faire polir l’ensemble des boucliers de son reliquat d’armée pour éblouir les ennemis lors de leur assaut. Qui plus est, un formidable ravin apparaît comme par magie entre les deux belligérants. Et les adversaires, si supérieurs en nombre, de tous se précipiter, aveuglés, au fond de l’abîme. Les abrutis ! Avec le recul, je découvre une resucée de l’engloutissement des troupes égyptiennes dans Les 10 commandements (la mythique séquence du passage de la Mer Rouge !). D’ailleurs, tout le film semble un sous-10 commandements. Pourtant, King Vidor est avec Griffith un formidable précurseur du film à grand spectacle, une influence majeure de l’histoire du ciné. Mais tout ceci me semble fort vieilli, dénué du fini de Cecil B. de Mille. Avec des prestations de Gina Lolobridgida, Yul Brynner ou George Sanders qui prêtent à rire. Yul, qui se double lui-même en français, donne un accent totalement décalé (bouriate ?) au roi hébreu. Gina idem avec l’accent italien fort prononcé (c’est le cas de le dire !) attribué à une reine… arabe ! Quant à Sanders, que j’adore en général, il cachetonne sans conviction… à mille lieues de ses rôles hitckockiens ou du critique sulfureux d’All about Eve. Quand Dieu prend la parole, à la fin du film, je m’écroule, me demandant ensuite si ce qui est le plus ridicule est le sacrilège par rapport au mystère divin ou la naïveté titanesque de croire à de telles interventions ? On notera les allusions à la politique contemporaine, vu qu’on insiste sur le fait que les Hébreux auraient ensemencé le désert et fait jaillir un paradis du néant (ce qui renvoie au mythe des pionniers d’Israël). La façon dont on représente ce qui est étranger (l’Egyptien ou l’Arabe) ou le mécréant (non juif ou chrétien, le juif étant ici à la fois un juif et un proto-chrétien), encore en 1959. Avec cette impression soudaine que notre génération aura vu l’émergence d’un nouveau rapport au monde et à l’Autre. Que l’univers de nos parents, donc, était encore fort fort enténébré. Aurait-on basculé d’un narcissisme et d’un égocentrisme ethniques ou sociétaux vers des formes individualisées contrebalancées par une conscience du Grand Tout plus subtile ? Le bon vieux temps ? Vraiment ?

L’ultime razzia (Kubrick, 56). Un Kubrick méconnu. Solide. TB filmé et joué. Une histoire de vol à l’occasion d’une course de chevaux, une équipe de voltigeurs, une mécanique soigneusement huilée puis le grain de sable…  Mais. Du bon cinéma qui ne me touche guère. Pourquoi ? Les personnages, comme souvent chez Kubrick, ne suscitent pas l’empathie, on demeure spectateur du récit alors que celui-ci est pourtant mené avec maestria. Du coup, on songe à ces Hitchcock (et autres Spielberg) qui savent si bien aller chercher le spectateur, faire naître l’émotion.

Quelques classiques des 40ies :

La vie secrète de Walter Mitty (N. McLeod, 47) Un sommet des loufoqueries du fameux (mais oublié ?) Dany Kaye, la star US du rire, pour nous, avant l’explosion de Jerry Lewis. Drôle et onirique. Mais Virginia Mayo en femme fatale, non, ça ne l’a fait pas !

Correspondant 17 (Hitchcok, 1940). Des scènes mythiques ! Les moulins hollandais ou l’attentat sur les marches. Voire le crash final de l’avion. Un mélange de genres très ébouriffant. Romance et screwball comedy, aventures, film d’espions, thriller, film catastrophe et même film de propagande. Avec la tirade finale antinazie et l’appel à sauver la civilisation ! George Sanders est délicieux. Laraine Day à tomber et on s’étonne qu’elle n’ait pas fait une plus grande carrière. Le héros est joué par Joël McCrea, immense vedette assez oubliée que je trouve assez pâlichon par rapport à des Cary Grant ou James Stewart.

Un coeur pris au piège (Preston Sturges, 41). Un immense succès à l’époque mais on n’en parle plus guère. Stanwick et Fonda à contre-emploi dans une comédie loufoque où un jeune milliardaire niais se fait embobiner par une aventurière. Les seconds rôles sont remarquables : Charles Coburn et Eugene Palette (tous deux protagonistes magnifiques de MON film mythique Heaven can wait de Lubitsch).

Femme de feu (André de Toth, 47). Encore Joël McCrea ! Dans un film étonnant, un western où les femmes ont de sacrées personnalités et dominent. Une fille (Veronika Lake, que je ne trouve plus si jolie, curieux, une affaire de coiffure ?) s’oppose à son père et au potentat local, prête à… tout.

Key Largo (John Huston, 1948). Bogart et Bacall dans un de leurs 4 duos immortels. Un huis-clos torride sur une île ravagée par un ouragan. Dans un hôtel investi par des mafieux. Bien filmé et narré mais surtout des personnages épatants. Cependant, le film est parfois un peu bavard et manichéen. Vieilli.

Le Port de l’Angoisse (H. Hawks, 1944). Le premier duo Bogart/Bacall et ils sont à tomber. Mais le film lui-même, fort plaisant, a des allures de sous-Casablanca. Les nazis en territoire d’outre-mer français, la résistance, le couple impossible et le sacrifice grandiose, tout ça… mais en moins, en beaucoup moins bien, profond, solaire que chez Curtiz. Bacall, il est vrai, n’est pas Bergman non plus.

Mini-série de… séries B de la RKO

Monsieur Sherlock et Madame Holmes/Star of Midnight (Stephen Roberts, 1935). Un petit film sympa autour d’investigations destinées à retrouver une chanteuse mystérieusement disparue. Avec Ginger Rogers (célébrissime pour des films de danse/musique) mais aussi l’oublié William Powell, qui fut un peu le George Sanders ou Roger Moore/David Niven de son temps. Moustachu, hyper stylé, jouant les détectives avec humour et malice. Si adoré qu grand public US qu’il tourna notamment 14 films en duo avec Mirna Loy (aventures du détective Nick Charles, série Thin Man).

Et, puisqu’on parlait de George Sanders, j’ai zieuté quelques épisodes du Faucon, une sorte de pré-Simon Templar, le gentleman-détective qui enquiquine la police mais tombe toutes les femmes. Une série où George alternera avec son frère.

Action in Arabia/Aventure à Damas ( Leonide Moguy, 44). Avec George Sanders, qui postule au titre de « mon acteur préféré de tous les temps » (avec Cary Grant, même si aujourd’hui Javier Bardem, Kevin Spacey, Ralph Fiennes… Même si Peter 0’Toole ou Robert de Niro…). Une série B RKO plutôt sympa. Où de vilains nazis tentent de soulever les Arabes contre les Alliés. Georges (grandiose dans All about Eve, Rebecca ou Le portrait de Dorian Gray) est impec de classe et Virginia Bruce aussi sexy qu’émouvante en « fausse mauvaise ».

A Night of Adventure (Gordon Douglas, 1944). Une série B RKO très méconnue. Avec un acteur très élégant, très british, remarquable, Tom Conway. Je découvre que c’est le frère de MON Georges Sanders, qu’il a été la voix de Sherlock Holmes, etc. Audrey Long est très jolie et émouvante en épouse délaissée par un mari trop absorbé par sa profession. Osé : ayant quitté son mari, elle doit faire appel à ses services d’avocat pour… défendre son amant accusé d’un meurtre mais elle ignore que… ce mari était présent au moment fatal !

Quelques films des années 2000 :

My sweet Pepper Land (Hiner Saleem, FRA/DEU, 2013). Un film iranien qui nous montre un héros de guerre kurde (Korkmaz Arslan) qui peine à se réadapter et qui, refusant la corruption et le copinage, se voit envoyer dans une vallée perdue aux confins de l’Iran (à la frontière avec l’Irak et la Turquie). Il y retrouve la corruption et doit s’opposer à un potentat qui trafique et à son escouade de tueurs. Il y rencontre aussi une très belle institutrice (Golshifteh Farahani) qui se confronte elle-même aux préjugés et risque de perdre son poste. Délicieux petit film qui a des allures de western iranien à l’ancienne ! Tout en ayant une portée d’information.

Jay parmi les hommes. Court-métrage de Zeno Graton (25 ans), que j’ai bien connu adolescent. Très prometteur !

Quelques classiques des 30ies :

Sabotage/Agent secret (Hitchcock, 1936). Ce film a toujours été un de mes Hitch les moins prisés. Pourquoi ? Déjà le titre prête à confusion, rappelant trop un autre Hitch, Saboteur, et même deux autres, car il y a aussi Quatre de l’espionnage. Puis il y a des détails désagréables. La mort d’un enfant, l’impunité du leader occulte de l’organisation maléfique, le comportement ahurissant du jeune premier ou son statut ambigu. Car le contre-espion (cherchant à découvrir qui veut plonger Londres dans la terreur) est fort en retrait par rapport à l’héroïne ou au vrai méchant, son mari, mais, en sus, il accumule les bourdes : il se fait surprendre par les comploteurs, n’empêche nullement l’attentat programmé ; il fait sa déclaration d’amour à l’héroïne quand elle vient de perdre… toute sa famille et lui propose encore de l’emmener à l’étranger au mépris de la loi.
Pourtant. Sylvia Sydney est émouvante et marquante. Oscar Homolka un méchant convaincant, qui semble parfois jaillir d’un film (expressionniste) allemand. Et il y a des effets techniques qui relèvent de la haute patte artistique : effets de mise en valeur par l’éclairage (le jeune contre-espion jouant les orateurs au début) ou manière de filmer la confrontation finale et fatale des époux.

Jeune et innocent (Hitchcock, 37). Ce film mineur du grand cinéaste est tout de même bien fichu et sympathique. Il permet surtout de vérifier ce qui distingue le faiseur et l’artiste. Car ce dernier introduit des détails qui paraîtront futiles, mais des petits riens qui changent tout à notre perception profonde. Comme des images subliminales. Ainsi, la micro-scène des mouettes (ou goélands ?) en plein vol qui vient insinuer une note d’horreur au moment de la découverte d’un corps. Suggérant la cruauté ou un acharnement post-mortem ? Il y  a des décors, aussi, soigneusement choisis, qui impriment la rétine avec plus d’intensité. L’humour qui saupoudre le (faux) drame. Cette capacité à nous rendre présents les personnages. Le casting lui même. Je me faisais d’ailleurs cette réflexe oblique qu’il y a au moins trois types de fans, ce qui explique le succès global du Britannique : un grand public qui prise les amourettes (beaux jeunes premiers quasi garantis chez Tonton Hitch !), la comédie sentimentale et ses recettes ; un autre grand public avide de sensations glauques (goût du sang, de la perversion, du frisson délicieux) ; un aéropage de fins gourmets qui se délectent de trouvailles techniques, d’inventions scénaristiques (cf le plébiscite des Cahiers du Cinéma, si féroces souvent, qui ont hissé le Maître au statut d’Auteur (majusculissime, à mes yeux).

The Lady vanishes (Hitch, 1938). GENIAL ! Un des plus beaux films du monde ? Qui dit que ça a vieilli, je le trucide ! Il y a TOUT ! A commencer par une philosophie de la résistance et de l’engagement qui se greffe sur une intrigue pétaradante et thrilling. Avec un sens du détail qui tue : les deux British qui ne s’intéressent qu’aux résultats de cricket, le mot écrit sur la glace, les hauts talons de la nonne…

Même les Anges ont des ailes (Hawks, 1939). Avec Cary Grant, Rita Hayworth et Jean Arthur. Il paraît que la Nouvelle Vague en avait fait son film culte absolu, ce fut un gros succès qui hissa Rita sur le pavois et remit Grant/Hawks en selle au sortir d’un fiasco… commercial… qui allait devenir l’une des plus grandes comédies de tous les temps, L’impossible M. Bébé. Eh oui, le temps recadre bien des choses, le succès est aléatoire. Je n’aime pas ce film qui représente TROP un certain cinéma américain. Loin de son ambiguïté habituelle, Grant s’y avère un formidable leader. Le pitch ? Les aventures d’une petite équipe d’aviateurs, qui assurent héroïquement des liaisons importantes, le tout dans un décor andin. Aventures, romances, virilité et misogynie, rédemption du lâche qui devient un héros, cet humour à la Rio Bravo, avec des alcoolos attendrissants,  très peu pour moi, je l’avoue. Je trouve ça hyper cliché. Mais. Ce n’est pas mauvais, non, ça ne me touche pas.

L’Homme qui en savait trop (Hitchcock, 1934). Grande première ! Je n’avais jamais visionné la première version, avec Peter Lorre et Pierre Frenay (20 ans avant le remake avec James Stewart, Doris Day, Daniel Gélin), qui débute dans la station de mon enfance, Saint-Moritz (Suisse), par un décor de carte postale, comme souvent chez Tonton. C’est un film un peu mythique vu qu’Hitch le considérait comme celui qui marquait le début de son véritable envol. Et il comporte des scènes d’anthologie (le concert de l’Albert Hall, évidemment, mais l’attaque du refuge des terroristes aussi, basé sur une tranche de la vie de Churchill). Mais on reste tout de même extérieurs au récit, le couple (l’un des secrets du Maître) ne fonctionnant guère ici, les relations étant peu travaillées, peu emballantes. A voir comme une curiosité, qui vaut par ses acteurs (l’excellent Peter Lorre !), son sens de la narration, ses scènes d’action, d’humour, de suspense.

Quelques classiques des 20ies :

The Lodger/Les cheveux d’or (Hitchcock, 1927). Le titre français !!!! Magnifique surprise que ce Hitch des débuts, muet, teinté de génie. Truffaut adorait et on comprend pourquoi. Hitch y applique pour la première fois sa véritable palette et offre des inventions d’artiste tout en ménageant une intrigue grand public (variation sur le thème de Jack l’Eventreur). Le jeune premier est très beau et troublant (le plus qu’ambigu Ivor Novello) et éclipse tout le casting. Des scènes très osées (comme Novello menotté accroché à une grille et prenant une pose de Christ sur la croix). Surtout une extraordinaire dénonciation de la médiocrité des gens, de la hideur des foules (on juge trop vite, on soupçonne qui est différent, étranger, étrange). Et l’irruption du grand thème du Maître : l’innocent persécuté.

Quelques classiques des 10ies :

 Birth of a Nation (Griffith, 1915) : ENFIN visionné ! Un vrai article is needed ! Il est écrit mais sortira à bon escient.

Intolerance (Griffith, 1916). 3e et 4e visions ! Article… rédigé mais… voir supra.

 

Récemment (re)visionnés et à commenter :

Jimmy’s Hall (Loach, 2014) TB – L’éclipse (Antonioni, 62) B – Pandora (Lewin, 51) avec Ava Garner et James Mason  B- – L’esclave libre (57, Raoul Walsh) B – Mogambo  (John Ford, 53) avec Grace Kelly et Ava Garner, Clark Gable– La comtesse aux pieds nus (55, Mankiewicz) – Le jour se lève (Carné, 39) – Pacific Express (39, Cecil B. De Mille) – Quai des orfèvres (Clouzot, 47) – Le dahlia bleu (George Marshall, 46) – Madame de… (Ophüls, 53) – Un américain à Paris (Minelli, 51) – Le Tigre du Bengale/Le Tombeau hindou (Lang, 58/59) -Les orgueilleux (Allégret, 53) avec Michèle Morgan et Gérard Philippe – Im Lauf der Zeit (Wenders, 76) – Wuthering Heights (Wyler, ) avec Laurence Olivier et Merle Oberon.

En 2015 : Voyage dans la lune (Meliès, 1902) – Le vol du grand rapide (E.S. Porter, 1903) – Le Cabinet du Docteur Caligari (1920,Pabst) –  Les 5 Fantômas de Feuillade (années 1910) – Nosferatu (Murnau, 1922) et Un chien andalou (Bunuel, 1929) en partie – A l’Ouest rien de nouveau (Lewis Milestone, 30) – Les aventures de Robin des bois (Curtiz, 38) en partie – La rumeur (Wyler, 62) avec Audrey Hepburn – Le doulos (Melville, 62) – Les bronzés font du ski (Leconte, 79) – Howard’s End (Ivory, 92) – L’auberge espagnole (Klapisch, 01) – La nuit nous appartient (James Gray, 07) avec Joaquim Phoenix – Le Grand Hôtel Budapest Wes Anderson, 14) – … avec l’acteur NZ sur l’art en Italie – Palo alto (Gia Coopola, 2013) – Heimat (Reisz) – La Traversée de Paris (Autant-Lara)  – Un shériff à New-York (Siegel) – Les Diaboliques (Clouzot)

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