LETTRES BELGES

2017

JUIN

Deux perles dans la salve printanière des éditions MEO !

Les éditions MEO poursuivent leur inscription dans le paysage belge francophone avec 3 nouvelles sorties.

J’ai laissé La Maison du Déclin de Drazen Katunaric pour plus tard… malgré sa quatrième de couverture rédigée par… Alain Finkelkraut (!), qui parle de la nécessité de « faire un pas de côté » face au « Ca déménage » incessant/tonitruant pour « réapprendre à habiter le monde ». Envie de lire et sans doute de polémiquer !

J’ai attaqué assez rapidement Mémoire blanche de Pierre Coran, un vieux routier des Lettres belges, surtout en littérature jeunesse (ceci dit sans condescendance car on y trouve les meilleurs conteurs, voir mon estime pour un Claude Raucy, mon admiration immense pour Gudule/Anne Duguël), que j’avais croisé (à travers ses mots) une première fois au hasard de mes activités de Jury Sabam. Eh bien, justement, en parlant de la Sabam… à peine ai-je plongé dans le Coran (NDA : le fait que j’ai écrit un livre sur Muhammad ?), je pense à sa personnalité-phare Sylvie Godefroid, un havre pour nos auteurs mais une auteure à part entière aussi, dont un roman paru chez Genèse nous baladait en compagnie d’une femme frappée par un cancer (NDA : j’en parle plus bas, sur ce blog). Or l’auteur, ici, nous précipite dans l’errance d’un homme anéanti par l’alcoolisme. Les deux livres ont en commun la dérive spatiale et intérieure, l’affrontement d’une maladie, la force du témoignage, et son utilité aussi, sa valeur citoyenne. Mais parfois, ce qui est plus intime et perforant, une même capacité des deux plumes à redessiner l’usage des mots : « Le temps n’a plus d’importance puisque je suis ici pour le suspendre. »Là, je perçois une gémellité créative, même si, panoramisés en surplomb, leurs deux styles sont très différents, Sylvie multipliant les inventions du genre quand Pierre les distille avec parcimonie. Oublions notre amie Sylvie et concentrons-nous sur Pierre Coran. Dès les premières pages, j’ai été conquis par sa volonté d’user d’une écriture simple mais ferme, directe, fluide, elliptique, ramassée. C’est très travaillé… pour se lire aisément. C’est sobre mais fort. Un récit avant tout psychologique, donc, mais teinté d’un accent policier et de quelques aventures. Car notre alcoolique  est accusé d’un meurtre dont il tente de se persuader qu’il est innocent… sans en être certain vu son état, sa mémoire blanche :  » Je n’ai pas tué Clarisse. Je n’ai pas l’âme d’un salaud. Avec des racines ordinaires, j’aurais pu avoir la tête des autres. » Tout plaide contre lui. Comme s’il était coupable. Ou comme si un mauvais génie (ou l’assassin véritable ?) s’évertuait à paver son enfer d’indices malintentionnés. Mais lutte-t-il vraiment ? Non, car son combat contre l’alcoolisme (est-ce un combat ?) lui semble beaucoup plus essentiel que sa situation judiciaire. On enrage donc de le voir se laisser juger, emprisonner alors qu’on croit que… Est-il idiot en sus ! Il s’échappe, il est repris. Pourtant de bonnes âmes croisent sa route et lui tendent des flambeaux. Y a-t-il une rédemption possible ? Je vous laisse vérifier mais vous assure avoir tout lu quasi d’une traite. C’est un classique des Lettres belges, un court Bildungsroman qui avait eu l’honneur insigne de paraître au Seuil voici vingt ans et qui mériterait de séduire un vaste public… et d’être proposé aussi à tout aspirant-romancier.

Le troisième ouvrage du lot/trio est une (deuxième) réédition de La Fenêtre, de Liliane Schraûwen. Un cas dont l’évocation me trouble. J’ai eu jadis une profonde estime et une amitié sincère pour l’auteure, qui fut en quelque sorte mon premier coach littéraire, ma première éditrice.  Je l’avais découverte avec ses deux premiers romans, La Mer éclatée (parue chez Régine Deforges, finaliste du Rossel… en compagnie de son éditeur d’aujourd’hui !) et ladite Fenêtre (première version, en 1994, chez l’ésotérique SPE). Si le premier me paraissait alors légèrement fabriqué (pour faire jeune/moderne), le second, celui qui se représente à nous donc, par l’entremise avisée de Gérard Adam, était d’une écriture superbe : « Ce doit être le matin. Une journée vide s’étend, vide comme une page blanche, vide comme une   plage déserte. Jadis, il y eut ainsi des plages blanches où il faisait bon courir sous le soleil. Les pieds nus sur le sable tiède, le matin, quand la chaleur n’est pas encore trop forte ; les vagues qui dessinent à l’infini un liseré sans cesse effacé, sans cesse retracé ; des herbes sèches rejetées par les flots, où le feu prendra si bien au soir. Et une enfant ivre de liberté, une petite sauvage solitaire qui court, court sans fin, se jette sur le sable pour rêver, scrute le fond d’un ciel immuable… Sur la plage nue de l’enfance, dans l’or des vacances, elle posera son empreinte légère, elle construira des châteaux fragiles et magnifiques, elle allumera un grand feu avant la nuit. Elle courra éperdument, caressée par le vent, polie par le soleil, petit oiseau rapide et fou… ».  Oui, j’avais adoré La Fenêtre, malgré sa noirceur et son désespoir. Le livre rapportait, et avec quel panache !, les grandes et petites misères de la condition humaine, je pénétrais dans l’intimité d’une femme et ça m’élargissait. Qui est-elle et qu’a-t-elle subi, perdu ? J’allais beaucoup lire l’auteure dans les années qui suivirent et même lui consacrer un article très élogieux dans la revue Indications (qui a enfanté aujourd’hui la plateforme culturelle Karoo), je pensais que ses qualités hors normes (une écriture fluide et belle, une capacité à narrer de manière vive et spirituelle, une vaste culture et une intelligence remarquable, des louches d’humour et une admirable force de travail) allaient l’imposer parmi les étoiles de notre littérature. Il n’en fut rien, cependant, et j’incriminais d’abord les aléas du métier avant de saisir l’intrinsèque. Liliane, au  niveau du fond,  est obsédée par sa propre histoire/tragédie. De livre en livre, elle porte non les malheurs du monde mais ses malheurs, un peu trop. A un point tel que La Fenêtre, à peine ouverte aujourd’hui, me tombe des mains, non d’ennui (ses lignes, sensibles et délicates,  appartiennent à l’or du temps) mais d’émotion, venant de lire, quelques jours plus tôt, une recension du dernier livre de Liliane. Et celle-ci mettait en exergue un passage qui évoque… la même déchirure. Bref, Liliane Schraûwen a le potentiel pour écrire ce grand livre belge francophone qu’on attend tous (enfin, moi !) mais elle s’apparente à une traductrice surdouée dénuée d’imagination, handicapée en sus par une difficulté à s’attacher à d’autres personnages, à leur donner une chance. Il lui faudrait un scénariste, somme toute, déléguer. Son talent, intact et parfois transcendant, se découvre au hasard d’une  nouvelle (NDA : l’une d’elles, dans un recueil paru chez Quadratures ou Luce Wilquin, rubriqué sur ce blog, était peut-être la plus ciselée lue côté francophonie ces dix dernières années) voire d’une commande, quand elle baisse la garde, suit un cahier de charges, un thème imposé. Alors de grands noms pâlissent face à elle. Furtivement. Mais. Je vais relire. Essayer. Car La Fenêtre, c’est un classique de nos Lettres, à mes yeux. Un cri lacérant l’absence et le silence. D’ailleurs, l’épigraphe : « Au vide, à l’absence. » a des allures de mise en abyme. Du roman et d’une oeuvre.

En conclusion, un grand bravo à Gérard Adam, qui offre la possibilité de redécouvrir deux bijoux de la littérature belge, restant fidèle à son niveau d’exigence d’écriture et remarquable quant à l’accompagnement des textes assumés.

Un article pour lier/parachever un ensemble d’articles consacrés à David Giannoni et aux éditions Maelström

Il y a une douzaine d’années, j’avais réalisé un portrait du fondateur du projet Maelström paru dans la revue Indications, désormais mis en ligne sur la plateforme culturelle Karoo… ou sur le site de l’éditeur.

Il y a un an, la nouvelle génération creusait le sillon avec un reportage sur le Fiestival qui s’évertuait à capter l’esprit du mouvement in situ. Il y avait quelque chose de l’ordre de la transmission, du relais, et David Giannoni suggéra une nouvelle rencontre, à trois, qui actualiserait le portrait. La rencontre fut extraordinaire, le premier contact entre mon fils et David étant d’une telle qualité que je préférais me mettre en retrait et abandonner l’article au plus jeune d’entre nous, qui s’en acquitta, me semble-t-il, excellemment, en ce sens qu’il parvint à retranscrire des moments essentiels de l’interview, une forme de dévoilement.

Comme il restait des chutes non exploitées, je réalise quelques bonus.

BONUS 1. MAELSTRÖM… depuis la dernière interview ?

Du côté de l’homme. Beaucoup de choses. David  s’est marié avec Nadedja, qui partage pleinement son aventure éditoriale et spirituelle, ils ont eu une fille, Gioia. A contrario, David a vu disparaître récemment deux frères d’âme, Antonio Bertoli et Benjamin Pottel.

Du côté de l’éditeur. Beaucoup de choses aussi. Car David a construit une famille d’auteurs et de collaborateurs, il a même désormais un comité de sélection ; il a lancé la Foire du Livre OFF ou le Die-In, qui n’eurent qu’un temps, mais le Fiestival, les booklegs, la Boutique Maesltröm, qui marquent durablement notre paysage culturel.

J’ajouterai, pour bien connaître le milieu des lettres belges, que lorsqu’il est question, entre personnes du sérail, de débattre des meilleurs éditeurs littéraires de Belgique francophone, on en cite deux ou trois pour leur niveau professionnel global, mais Maelström est cité dans la foulée avec un statut à part, hors normes. Son catalogue, il est vrai, fait rêver.

BONUS 2. Antonio BERTOLI.

C’est le co-créateur du Fiestival avec David et Marco Giannoni. Une part de l’entité syncrétique Dante Bertoni. Il représente pleinement le passage du flambeau d’un certain état d’esprit, le rôle bivalent de récepteur et de passeur. Au départ, c’est un créateur et amateur d’art, qui organise notamment des tournées théâtrales. C’est aussi un professeur d’université, à Bologne, qui se spécialise dans les avant-gardes (surréalisme, dadaïsme, Beat Generation, Panique…), noue des contacts/travaille avec des Arabal, Jodorowski (qu’il convainc d’oser enfin publier sa poésie), Topor, Ferlinghetti (qui lui permettra de reprendre le label de la librairie City Lights/San Francisco pour ouvrir un City Lights/Florence), etc. Sa complicité bienveillante et éclairée en fait un passeur de souffle.

BONUS 3. Les booklegs.

Ces petits livres très bon marché et pourtant très esthétiques sont apparus en lien avec des performances autour des livres de Ferlinghetti, en 2004. Il s’agissait de laisser une trace. Le numéro 0 était dévolu au duo Antonio Bertoli/Marco Parente (un brillant musicien). Jodorowski a été immédiatement séduit par l’objet, son concept et a souhaité être le numéro 1. Depuis, 137 booklegs ont suivi côté poésie, une vingtaine dans une collection Daba/Maroc (un happening de promotion des auteurs marocains aux Halles de Schaerbeek, qui confirme que le concept séduit et entraîne des collaborations), une soixantaine dans une collection Bruxelles se conte. Je me souviens personnellement d’un magnifique numéro spécial consacré à Rimbaud, un cadeau idéal à la portée de toutes les bourses.

BONUS 4. La Boutique Maelström.

Son ouverture, en 2010, offre une nouvelle visibilité à Maelström et à ses diverses activités. C’est une librairie indépendante qui fait la promotion d’une foule d’éditeurs underground au cœur d’un quartier jeune et vivant (la place Jourdan) et juste à côté de l’Espace Senghor, ce qui permettra de beaux partenariats culturels. C’est un lieu de rencontres et d’échanges, où s’organisent des présentations de livres, l’accueil d’auteurs ou de collaborateurs, de  stagiaires, etc. C’est enfin l’occasion pour l’éditeur de mieux scinder vies privée et professionnelle. Les cartons de livres sont enfin sortis de son home. En un mot : QG.

A noter que les lieux appartiennent à la commune d’Etterbeek, qui doit être chaleureusement félicitée pour son apport à la vie citoyenne, intellectuelle, artistique de la capitale.

 

MAI

J’avais écrit une recension d’un livre de Claude Raucy en mars, dans un article consacré à trois sorties des éditions MEO. Or celle-ci se voit publiée dans la revue Nos Lettres (numéro d’avril) de l’AEB. Ce qui me réjouit. Pour Claude Raucy, bien sûr, mais pour l’éditeur Gérard Adam aussi… et pour moi. Qui suis heureux de rubriquer au côté, entre autres, de mon estimé confrère Philippe Leuckx.
Je copie/colle :

La sonatine de Clementi. De quoi s’agit-il ? D’un ensemble de trois récits. Ni un roman ni un recueil de nouvelles, donc. Et on applaudira encore Gérard Adam qui aime accueillir des textes en souffrance parce que ne répondant pas aux étiquettes, aux attentes formatées. Comme les romanouvelles d’Evelyn Wilwerth naguère. Les trois textes sont bien écrits et vivants, il y a un réel plaisir de lecture. Quelque part paradoxal car Raucy a choisi de nous présenter des anti-héros dont la vie est insignifiante… mais réaliste, du coup.

Le premier récit, qui donne son nom à l’ensemble, est le plus émouvant, teinté d’onirisme et d’impressions exotiques (séjour à Florence). On y suit les pas d’un homme en quête d’un amour passé, qui s’effiloche à travers son interprétation du monde et des faits.

Le deuxième récit, de loin le plus long, Un héros à la sarbacane, a des allures de petit roman, avec deux parties, de nombreux courts chapitres, un parfum de Maupassant. Une vie. Celle d’un type ordinaire et peu sympathique. Mais qui se faufile dans un décor présentant des reliefs : la guerre de 40-45, l’exode de milliers de Belges, l’accueil des populations locales (sud de la France), les interactions nouvelles… Quasi adopté par une baronne, amoureux d’une serveuse juive, voyant passer des résistants, des miliciens, des officiers allemands… Baptiste va-t-il se révéler à lui-même ou les évènements vont-ils le réinventer ?

Le dernier récit, Le pion du troisième, nous présente un surveillant dans une école de province, en pleine crise car agressé, marginalisé, proche de la rébellion. Que lui est-il arrivé ? Mais. Est-il victime ou bourreau ? Doit-on s’émouvoir de ses malheurs ou… ?

On songe parfois aux Trois contes de Flaubert, à cette capacité à nous entraîner avec des personnalités, des tranches de vie qui n’ont rien de bien glamour. Question de style, d’humour, de vivacité dans la narration. Et puis… avouons qu’on a tous croisé de tels personnages, qu’ils nous renvoient un miroir de ces vies-oubliettes dans lesquelles nous avons parfois peur de basculer. Car il suffit d’un rien, d’un si léger décalage des aiguilles du Sens et de l’Adéquation sur la montre de notre vie, pour que le veule, l’insensé, les ténèbres, la souffrance déferlent, contaminent, absorbent.

Bref, une perle !

Au moment où la 11ème édition du fiEstival des éditions maelstrÖm démarre dans sa version OFF, je partage une commande faite par l’éditeur en fin 2015 pour un recueil de souvenirs des différents participants, qui ne vit pas le jour suite au décès, à quelques mois de distance, de deux des chevilles ouvrières.
Je leur dédie donc le présent texte.
A Antonio Bertoli et Benjamin Pottel.

Ah ça, le Fiestival ! L’essence des éditions Maelström ? Ce côté live de partage et de performances, qui m’aura toujours un peu décontenancé mais fasciné aussi. Par un faux paradoxe, qui me convient parfaitement (car vive la dialectique et l’enrichissement par le contraire, le contrasté, le complémentaire !), décalé, j’aurai pourtant, depuis les origines, participé à de nombreuses éditions, tantôt spectateur/sympathisant des éditions Maelström, tantôt auteur, offrant mes services pour telle ou telle animation ou placé à l’avant-plan, sur scène, en débat ou interview.

Evoquer le Fiestival, c’est ressusciter un souvenir puissant, qui s’apparente à une soudaine mais très prégnante sensation. Pour dire le vrai, on se situait ENTRE les deux premières éditions et donc en marge de celles-ci. Ou en complément, plutôt, donc à l’intérieur du concept, tout de même ? C’est que Dante Bertoni (alias David Giannoni et Antonio Bertoli), jamais avare de trouvailles, avait initié un Pré-Fiestival.

C’était le 20 octobre 2007, au théâtre Océan Nord. Une superbe soirée. Un souper délicieux. Beaucoup d’amis, de bons camarades. Et surtout ce moment. La présentation de mon Gilgamesh devant une assemblée très fournie (80/100 personnes ?). Je suis sur scène. Une partie de moi répond aux questions de Sylvie Leroy ou de spectateurs. Mais une autre observe et médite, ressens. Autour de moi, il y a  l’illustrateur de mon Gilgamesh, Nikolas List, et sa compagne, Maria Abecassis, qui lit (remarquablement) des extraits. Paul Emond, un peu plus loin, ce grand dramaturge qui publie un Tristan et Yseut. Ensemble, nous sortons un diptyque mythologique qui lance la collection graphique dont l’éditeur rêvait. Nikolas, Maria, Paul… Ils vont tous devenir des amis. Qui seront associés à de nouvelles tranches de vie, de carrière. Mais ça, je ne le sais pas encore quoique je l’appréhende. Je le souhaite. A cet instant.

Il y a surtout que je perçois brusquement un nouveau rapport à l’espace-temps. Une belle aventure a débuté neuf ans plus tôt, quand David Giannoni, vers la fin 1998, a retenu mon premier roman… avant de m’encourager à le présenter ailleurs dans mon intérêt. Ma reconnaissance s’est concrétisée beaucoup plus tard, à travers une longue interview/présentation du rassembleur maelströmien pour l’Association française du CALCRE… publiée finalement dans la revue Indications (après la liquidation du Calcre) puis sur la plateforme culturelle Karoo. Mais je creusais mon sillon ailleurs, emporté par l’aventure, entre Paris, Genève et Bruxelles. Un jour, pourtant, au moment d’expédier mon Gilgamesh chez Nathan/Jeunesse, une fulgurance m’a arrêté et projeté vers David, immédiatement enthousiaste. Cet enchantement d’aller quérir ensemble un fragment d’essentiel.

La patience  doit s’instiller dans ma vie, bien des choses se mettent en place sur la durée, il faut donner du temps au temps, se garder des conclusions hâtives, offrir et laisser venir.

Dans la foulée de ce Préfiestival, de cette euphorie vont se dessiner d’autres projets, qui m’arracheront à mes chantiers romanesques, un temps, pour me mener à un Livre de Mahomet, qui approfondira le sillon creusé avec Nikolas et David, Maria.

Le Préfiestival a été un point d’acmé. Une gare, où se sont croisées les trajectoires du passé et du futur, entre lucidité et intuition. Un moment de suspension et de densification.

AVRIL

Papas !, recueil de nouvelles de Michel TORREKENS, paru chez Zellige, en France, dans une collection dédiée aux auteurs belges, Vents du Nord.

Mon épouse avait beaucoup aimé Le géranium de Monsieur Jean, son précédent ouvrage, et m’avait confisqué l’objet. Mais je l’ai récupéré en douce et voilà. De quoi s’agit-il ? De treize portraits de pères. Je ne vais pas vous raconter l’intrigue de chaque texte. C’est fort bien écrit et ça se lit aisément. Ce que je dégagerais comme ligne de force surplombant le livre, c’est la sensibilité qui nous livre ces fragments de vie. Oui, la sensibilité de l’auteur, sa manière de raconter, de pénétrer à l’intérieur des intimités, des attentes et des déceptions, des impasses ou des ouvertures.

J’ai envie de répandre la Bonne Parole à un maximum de femmes, surtout et d’abord. Oyez, oyez ! Il y a des hommes, oui, oui, oui, qui sont réellement comme celui qui se tient au bout de la plume. Michel Torrekens existe et il y en a sans doute l’un ou l’autre ailleurs, en cherchant bien. Non, non, non, il n’y a pas que des machos qui ne vous écoutent pas, ne vous comprennent pas, ne s’intéressent pas à vos heurs et malheurs du quotidien ou des traumas d’enfance, etc. Je veux dire que l’empathie, l’attention à l’autre, aux petites paroles ou aux petits gestes qui peuvent incurver le sens d’une journée, d’une carrière, d’une vie… Ce que je veux dire, donc, c’est qu’au-delà de chaque composition, il y a le plaisir d’un voyage de 150 pages en compagnie de quelqu’un avec lequel on se trouve bien. Pas toujours besoin de mille rebondissements ou d’une intrigue de 800 pages sophistiquée, savamment orchestrée. Non, vraiment, ce confort, ce moment de bonheur à être bien accompagné. Cette impression d’un repas entre vieux amis d’enfance qui se comprennent à demi-mots, d’une balade forestière printanière en duo où on revisite les moments significatifs de sa vie.

Sinon ? Treize histoires de papas, donc. Une déclinaison de possibles. Sur les rapports entre des enfants et leur géniteur. Certains récits me parlant davantage (« Un brave petit soldat », par exemple), me troublant parfois (les deux nouvelles qui se font écho, avec un couple mixte, un père flamand) ou soulevant mon enthousiasme (« Tie break »). Un léger bémol pour l’une ou l’autre (« La fille du garagiste »), où le lien thématique central s’effiloche, où je pressens la récupération un peu forcée d’un texte déjà paru en revue. Péché véniel et critique extrinsèque qui n’enlève rien aux qualités intrinsèques.

Notons encore que je me flatte d’avoir découvert Michel Torrekens dès ses premières nouvelles, il y a près de vingt ans, publiées dans ce que d’aucuns considéraient alors comme la plus belle revue hexagonale, Brèves. Je me souviens d’un récit tournant autour d’un téléphone (portable, déjà ?), qui m’avait touché, marqué.

Mars

ILS PARLENT DES LETTRES BELGES !

J’ai envie, ce matin, de mettre en évidence le travail éthique, citoyen… et tout simplement culturel d’une série de personnalités qui, malgré des vies bien remplies (la plupart sont auteurs), prennent la peine de lire leurs collègues et de les faire connaître via leurs propres écrits, se transformant en passerelles.

Tous m’inspirent un sentiment de confraternité. Qu’on me pardonne cet élan romantique.

A côté des instances officielles (AREAW et AEB, associations des auteurs wallons et belges francophones présidées par @Joseph Bodson et @Anne-Michèle Hamesse ; revue Le Carnet et les Instants dirigée par @Nausicaa Dewez), du beau travail de promotion d’une société d’auteurs comme la SABAM (Sylvie Godefroid s’y coupe en 36 pour ses ouailles, mais on songe aussi à son collègue Laurent Weinstein, à Salvador Ferreira), de l’engagement de certains journalistes/critiques, animateurs de cercles (la Rotonde de @Marie-Clotilde Roose, etc.) ou libraires, je pointerai, sachant que je puis oublier l’un ou l’autre :

Jean Jauniaux/Edmond Morrel, un orchestre à lui seul (quoique @Jacques De Decker vienne donner régulièrement un coup de main), dont le travail est… une œuvre, somme toute : interviews radio approfondies, recensions, présentations publiques. Son blog :  http://www.espace-livres.be/ ;

Eric Allard, qui a eu l’heureuse idée de s’entourer de plusieurs collaborateurs, parmi lesquels Philippe Leuckx se dépense sans compter (comment fait-il ?). Son blog : http://lesbellesphrases.skynetblogs.be/  ;

Mathilde Alet, une jeune femme, qui plus est française d’origine, dont tous les articles sont parus sur la plateforme @Karoo dirigée par @Lorent Corbeel et @Simon Fontaine. Karoo qui réalise un travail immense au service de la culture/de l’art belges en formant de jeunes critiques et en révélant mille talents (tout en étant aussi ouvert sur le monde). Voir : https://karoo.me/author/mathildealet.

Quant à moi, je creuse le sillon, malgré mes appétits mondialistes, sur la plateforme @Karoo et mon blog Lettres belges, en perpétuant un fragment de pensée légué par @Michel Torrekens et @Thierry Leroy.

Février

Trois nouvelles parutions chez MEO !

Parce qu’il avait apprécié le dossier que je lui avais consacré sur la plateforme culturelle Karoo, Gérard Adam, le directeur des éditions MEO, a pris l’habitude de m’envoyer ses sorties, ce qui est très élégant. Qui plus est, le colis est toujours agrémenté d’un mot aimable, de fiches explicatives, de dédicaces. Ca n’a l’air de rien mais, en ces temps moroses, de submersion et d’aquoibonisme, quelqu’un qui met les formes… Qui plus est, recevoir des livres MEO, c’est nécessairement recevoir des livres qui respectent une charte éthique : il y a toujours une écriture et (quasi, car j’excepte une plume qui voit tout en noir) toujours un arrière-plan d’humanisme. Donc non, Gérard ne publierait pas Marc Lévy mais je ne crois pas qu’il publierait un Houellebecq non plus. Enfin, ouvrir un MEO, c’est ouvrir un livre qui a été lu et relu, vous n’y découvrirez pas effaré ces coquilles qui pullulent désormais chez bien des éditeurs.

Mais la levée de janvier 2017 ?

Un premier roman de Claude Donnay, un poète, La route des cendres, et la nouvelle cuvée d’Evelyne Wilwerth, N’oublions jamais les caresses, qui publie décidément beaucoup, autant qu’Amélie somme toute, ce qui s’explique aisément : de petits livres dynamiques, très spontanés, qui ne demandent ni une structuration compliquée ni d’immenses recherches. Evelyn est une auteure très vivante dont chaque œuvre est le résultat d’une impulsion, d’un élan. Elle est mon contraire, et je l’aime pour ça. Je la vois comme une coupe de champagne, toute en pétillements !

Je choisis de me précipiter dans le troisième ouvrage du lot, La sonatine de Clementi, de Claude Raucy. Attiré par le joli titre ? Ou tout simplement par l’auteur, lu il y a des décennies dans le cadre d’une littérature pour la jeunesse, à laquelle il s’est principalement voué, avec talent et abnégation ? Il y aurait tout un débat à faire sur ces auteurs qui travaillent loin de la littérature officielle mais sont davantage lus, travaillent souvent plus, manifestent des qualités professionnelles supérieures à la moyenne du microcosme tout en ne se prenant pas trop au sérieux. Un Patrick Delperdange y a beaucoup œuvré, la formidable Gudule aussi.

La sonatine de Clementi. De quoi s’agit-il ? D’un ensemble de trois récits. Ni un roman ni un recueil de nouvelles, donc. Et on applaudira encore Gérard Adam qui aime accueillir des textes en souffrance parce que ne répondant pas aux étiquettes, aux attentes formatées. Comme les romanouvelles d’Evelyn Wilwerth naguère. Les trois textes sont bien écrits et vivants, il y a un réel plaisir de lecture. Quelque part paradoxal car Raucy a choisi de nous présenter des anti-héros dont la vie est insignifiante… mais réaliste, du coup.

Le premier récit, qui donne son nom à l’ensemble, est le plus émouvant, teinté d’onirisme et d’impressions exotiques (séjour à Florence). On y suit les pas d’un homme en quête d’un amour passé, qui s’effiloche à travers son interprétation du monde et des faits.

Le deuxième récit, de loin le plus long, Un héros à la sarbacane, a des allures de petit roman, avec deux parties, de nombreux courts chapitres, un parfum de Maupassant. Une vie. Celle d’un type ordinaire et peu sympathique. Mais qui se faufile dans un décor présentant des reliefs : la guerre de 40-45, l’exode de milliers de Belges, l’accueil des populations locales (sud de la France), les interactions nouvelles… Quasi adopté par une baronne, amoureux d’une serveuse juive, voyant passer des résistants, des miliciens, des officiers allemands… Baptiste va-t-il se révéler à lui-même ou les évènements vont-ils le réinventer ?

Le dernier récit, Le pion du troisième, nous présente un surveillant dans une école de province, en pleine crise car agressé, marginalisé, proche de la rébellion. Que lui est-il arrivé ? Mais. Est-il victime ou bourreau ? Doit-on s’émouvoir de ses malheurs ou… ?

On songe parfois aux Trois contes de Flaubert, à cette capacité à nous entraîner avec des personnalités, des tranches de vie qui n’ont rien de bien glamour. Question de style, d’humour, de vivacité dans la narration. Et puis… avouons qu’on a tous croisé de tels personnages, qu’ils nous renvoient un miroir de ces vies-oubliettes dans lesquelles nous avons parfois peur de basculer. Car il suffit d’un rien, d’un si léger décalage des aiguilles du Sens et de l’Adéquation sur la montre de notre vie, pour que le veule, l’insensé, les ténèbres, la souffrance déferlent, contaminent, absorbent.

Bref, une perle !

Janvier

La revue Nos Lettres de l’AEB (Association des Ecrivains belges) a publié mes recensions consacrées à Gérard Adam (nouvelle dans la revue Marginales) et Jean-Pol Hecq (son roman borain) dans non numéro de décembre qui nous arrive ce 2 janvier. Elles ne sont pas encore en ligne sur leur site, on peut toujours les relire ci-dessous. Mon article sur Arnaud de la Croix avait été lui repris (adapté) par la plateforme culturelle Karoo. Ce blog vit sa vie mais sert de laboratoire aussi, de passerelle, de réserve.

2016

(Novembre)

Coup de cœur pour Gérard Adam !

Découvrant le nouveau numéro de la belle revue Marginales, au lieu de filer me relire (je ne suis finalement pas si narcissique), j’attaque une première nouvelle, à la rencontre d’un auteur qui me fascine depuis des décennies, Jean-Baptiste Baronian. Un bon texte, sans grand élan cependant. Je passe à la suivante, à rebours, avec un zeste de culpabilité car l’auteur/éditeur Gérard Adam a écrit de si gros romans, parfois… Mes submersions m’ont entravé plusieurs fois et distrait, détourné, je reportais.

Je plonge, déjà attiré par la distorsion : le titre anglais Blowin’ in the snow. Ah, seulement huit pages, j’y arriverai à coup sûr. Oui, d’autant que je suis immédiatement happé. Il faut dire que les références me surprennent et me bouleversent. Ce basculement dans les années 60, cette évocation de Donovan, du film Alice’s Restaurant, qui avait balisé mon adolescence.

C’est un petit bijou, tout simplement. C’est vivant, émouvant, limpide… Un homme au volant qui affronte les éléments, tout en songeant à un rendez-vous avec sa mère, se remémorant des bribes du passé. La halte obligée, style le motel américain où tout peut arriver, même la mère d’Anthony Perkins, sauf qu’ici tout est pastel et douceur, rêverie et réflexion. Et très joliment écrit :

« Elle, en tous cas, s’y était plongée, effaçant deux tiers de siècle dans une obscure maison d’impasse, elle qui était née dans la lumière adriatique. »

En si peu de pages, une accroche de roman d’aventures, une rencontre sensible à la road movie teintée d’hippisme… Puis la réflexion et l’information, distillées sans rompre le charme. Et je ne parle d’une information stérile et contingente mais d’un contrepoint culturel et intellectuel, qui remet en question, interroge :

« En 45, les alliés ont livré à Tito ceux qui avaient combattu pour l’Etat croate, sans distinction entre volontaires et conscrits. Beaucoup ont été fusillés. (Etc.)» On songe au superbe diptyque BD des duettistes Olivier Neuray et Valérie Lemaire, Les Cosaques du Tsar, qui redéployait/dénudait des pans méconnus d’une Histoire toujours écrite par les vainqueurs.

Un délicat et envoûtant « Voyage d’hiver ». Qui témoigne d’un engagement total de l’auteur. Cette intensité d’implication qui est la marque de l’Art. Et la trace d’un homme, un vrai, bien différent des mollusques et des prédateurs qui polluent nos émancipations.

Au pays des salons littéraires…

Durant des décennies, la Belgique francophone a offert un et un seul grand rendez-vous littéraire annuel : la Foire du Livre de Bruxelles. En février/mars. Désormais sédentarisé, après diverses transhumances, sur le site de Tour et Taxis. Qui a les défauts de ses qualités. Qui demeure LA référence, n’en déplaise aux grincheux. Le but ultime de la majorité des auteurs et éditeurs belges. Qui s’y trouvent pourtant noyés.

A la périphérie du Big Event, quelques salons plus spécialisés (BD, policier…) ou à rayonnement plus local, à Charleroi ou Tournai, par exemple, ce dernier se distinguant par son cadre sublime (la Halle-aux-Draps, sur la Grand-Place), des chevilles ouvrières fort chaleureuses ou l’engagement des médias régionaux (Notele ou Le Courrier de l’Escaut).

Deux salons sont venus secouer les habitudes, deux OVNI somme toute, qui se sont positionnés illico en incontournables et parfaits compléments du mammouth référentiel.

Le premier vit le jour il y a treize ans et en sera donc à sa 14e édition cette année (le week-end des 18-19-20 novembre). C’est la Foire du Livre belge. La première du genre et la seule. Tout entière dévolue aux auteurs et éditeurs nationaux. Pour une fois mis en lumière, en vedettes. Par le gré, notamment, d’interviews publiques vivantes et fouillées. Elle se déroule au Centre Culturel d’Uccle, orchestrée par Jacqueline Rousseaux et son adjoint Gauthier Rey, avec le soutien des librairies La Licorne ou Tropisme (représentées par Arnaud Lotton ou Enrico Vacari). La première organise mais présente aussi, secondée par des talents (Jean Jauniaux, Jacques De Decker…), tout en étant en quête culturelle toute l’année (d’une soirée sur le livre numérique à la Sabam à des présentations d’auteurs pointus en libraire, en passant par des hommages nostalgiques et décloisonnés à un Tintin, un Henri Vernes/Bob Morane).

Page Facebook : https://www.facebook.com/FLBelge/?ref=ts&fref=ts

Le deuxième apparut l’an dernier. Un Salon du Livre d’Histoire de Bruxelles. Coup de maître. Un premier site magnifique : le Coudenberg et ses salles souterraines. Des invités prestigieux mêlés à des anonymes ou des méconnus de talent. Un public motivé, passionné. Une intendance de qualité, avec un Cook & Book assurant le plaisir de la pause gustative. Enfin, cerise sur le gâteau, un véritable happening familial de par la nature enchanteresse des lieux, l’aspect ludique savamment entretenu, les délicieux en-cas, la convivialité rare entretenue avec les auteurs. Bravo, ici, à Patrick Weber, homme-orchestre lui aussi, auteur polymorphe, animateur en radio ou télé, fondateur du Club de l’Histoire, etc. Et à son équipe, ses partenaires Annick de Roest,  Rosette Van Rossem, Nicole Clarembaux. Qui avancent vite et bien. Construisent sur du… grandiose. Car, après le Coudenberg 2015, place à… l’Hôtel de ville de Bruxelles 2016 ! Et on passe d’une journée à deux… les 19 et 20 novembre (14h-18h) !

Lien vers reportage (Julien-Paul Remy et Bertrand Gevart, webzine culturel Karoo) avec présentation, agenda complet, teaser d’ambiance :

https://karoo.me/livres/2e-edition-salon-livre-dhistoire-de-bruxelles

Enthousiaste quant à l’intrinsèque de ces deux salons, à leur nécessité même, on émettra un regret : qu’ils tombent cette année le même week-end, obligeant les amateurs de littérature à de savantes contorsions. Une exception, nous l’espérons. Et on aimerait les voir collaborer !

Quoi qu’il en soit, longue vie et merci d’exister !

(Septembre)

(C’est le Moi romancier qui parle) Quand on est avant tout mu par la passion des narrations complexes, de la structuration, on ne doit jamais perdre de vue qu’un roman, une oeuvre est une globalité aux multiples composantes, qu’il ne faudrait idéalement en négliger aucune. Par un hasard curieux donc, au sortir d’un reportage sur le plus grand narrateur de tous les temps (James Ellroy), je croise la route de deux ouvrages qui m’attendaient patiemment et qui offrent un contrepoint bienvenu. Je m’installe dans un fauteuil et déguste quelques dizaines de pages de Daniel Simon, quelques autres de Françoise Lison-Leroy. Deux livres que je savourerai comme un dessert quotidiennement. Daniel nous offre une Autobiographie rêvée chez Couleurs Livres, Françoise un recueil de poésies, Le Silence a grandi, chez Rougerie. Une prose poétique et des poèmes, deux tons fort différents mais deux voix, de véritables voix, c’est-à-dire des styles qui s’appuient sur une sensibilité, une appréhension du monde. Surtout mais surtout une volonté de tisser de l’instant hors médiocrité, aller cueillir des sensations approfondies en notre époque d’effleurements et de vacarmes et les enrouler dans une créativité du mot, de la syntaxe. C’est un exercice salutaire pour l’âme, comme des exercices de gym pour le corps, prendre le temps de redéfinir un rapport à la langue, au décrit, au croisé. J’eusse aimé que Françoise, un jour, puisse m’écrire :  » Vous étiez cet enfant grave et songeur, tendu vers l’improbable. On vous disait céleste, arrogant. On vous guettait aux abords des nuages. » Magnifique ! Quant à Daniel, on se retrouve parfois sous ses pas d’ogre : « Il avait découvert le ridicule et le médiocre dans les parades des adultes, dans les façons de ne pas être présents et toujours ailleurs à faire des choses qu’ils n’aimaient pas faire. (…) il veut se confronter, courir le risque, ne plus attendre que ça lui tombe dessus, comme ça, comme on arrête de respirer (…). Des leçons d’ETRE au monde, somme toute !

(Juin)

Daniel Simon dans la revue Marginales. Ce matin, j’ai replongé dans le dernier numéro paru, le 292… car 70 ans d’âge, cette belle enseigne créée par Albert Ayguesparse, ressuscitée/réinventée par Jacque De Decker, animée par Jean Jauniaux, éditée par Ker/Xavier Vanvaerenbergh. Parfois, je m’abstrais de mes immersions, je me frotte au débotté à quelques pages de collègues. Par curiosité. J’aime l’idée de connaître un minimum ces gens que je croise au hasard des soirées littéraires. J’aime l’idée de la discrimination. Positive. Loin des politesses de façade. La quête du sens. Qu’un déplacement, quelques mots servent à quelque chose. Tenter d’éviter la langue de bois ou le morne échange de civilités compassées. Essayer. Partiellement. Oser dire. Là, vissé à mon fauteuil, terminant une brève évasion, j’ai envie de féliciter Daniel Simon. Quatre pages, un petit texte donc, mais il y a mis de l’intensité. Il dit quelque chose et il le dit bien. Est-ce si fréquent ? Non. C’est un vrai auteur, il a une nature, une voix.

Jean-Pol HECQ, Georges et les Dragons, Editions Luce Wilquin (QUIN et pas KIN !), 2015.

Le premier roman d’un journaliste culturel de la RTBF/Radio Première qui est l’un des derniers à sauver l’honneur de sa profession. Un type épatant qui voue sa vie à nous révéler des trésors, à nous faire réfléchir, à nous ouvrir. Quelqu’un qui participe d’un mieux-être du monde dans lequel nous vivons. Un homme charmant, qui plus est.

Mais voilà. Ca ne veut pas dire que son livre… Donc, comme avec toutes ces personnes qu’on a aimées/estimées avant de les lire (cf Arnaud ci-dessous, Jean Jauniaux), appréhension ! Illico levée ! Car ce premier essai romanesque est une réussite.

C’est vraiment bien écrit sans être ampoulé, tarabiscoté, non, c’est très fluide, vivant tout en étant travaillé, raffiné. Quant au récit… Nous en sommes en 1927 et un mystérieux Hollandais déambule à travers le Borinage en quête d’indices sur le devenir d’un prétendu cousin, Georges, disparu durant la guerre et, plus précisément, au sortir de la très énigmatique bataille de Mons, où, dit-on, Saint Georges et les archers d’Azincourt (sic !) seraient venus au secours des Britanniques sur le point d’être anéantis par les Allemands. Plus qu’une légende ! Car l’objet de déclarations multiples et concordantes, d’une mise en récit par un grand écrivain, Arthur Machen.

L’opus a donc des allures policières, un parfum de fantastique et d’aventures . Mais on a surtout apprécié la remarquable (et jamais pesante !) reconstitution de la guerre de 14-18, les informations décapantes qui balaient des lieux communs, surprennent. L’ouverture humaniste sur la marginalité. Avec Maximilien Jelgersma, nous rencontrerons en sus quelques fameuses personnalités : le magnifique écrivain Stefan Zweig ou le cinéaste Joris Ivens (en repérage pour son film Misère au Borinage).

Jean-Pol Hecq a offert au Borinage un roman qui lui rend hommage et qui restera à mon avis une référence. On tient là à coup sûr un des livres les plus équilibrés et réussis de la production belge de ces deux dernières années. On n’est pas loin du classique atemporel. Manque peut-être un zeste d’intensité pour transcender le tout. Mais c’est le disciple d’Ellroy qui parle, habitué à s’abandonner à des torrents, des chutes, des volcans. Jean-Pol Hecq a choisi une voie plus feutrée. Elle en ravira beaucoup.

(mai)

Arnaud de la Croix est une de mes plus belles rencontres de la saison 2015-2016. Un homme sympathique et passionnant. (…) J’ai abordé son dernier livre, Treize livres maudits (paru chez Racine, à Bruxelles, en 2016), avec un mélange d’appétit/curiosité et d’appréhension. Car (…) >>> SUITE voir le webzine Karoo qui a souhaité publier l’article mis ici en ligne, ce qui me contraignait par éthique à lui laisser la priorité, à adapter fortement aussi. Donc BIENTOT une version plus longue et meilleure !

(avril)

Les éditions Luce Wilquin (non, pas WilKin !) m’ont envoyé deux de leurs derniers ouvrages. Mes contributions à la revue Indications ou au webzine Karoo sont donc suivies ? On aurait cependant apprécié un petit mot d’accompagnement. Et on comparera avec l’amabilité confondante d’un Gérard Adam (MEO) ou d’un Xavier Van Vaerenbergh (KER), des responsables féminines des Impressions Nouvelles, du Rouergue, de l’Aube, etc.

Quoi qu’il en soit, j’ai lu ces livres, deux romans dus aux plumes (claviers) de Liliane Schraûwen et Françoise Pirart, deux écrivaines expérimentées des Lettres belges, auxquelles j’avais déjà consacré des articles dans les revues précitées. Voir notamment : https://karoo.me/livres/francoise-pirart-variation-sur-le-theme-de-la-passion (F. PIRART, Sans nul espoir de vous revoir) ou  http://karoo.me/propose/face-face-femmes-abandonnees-vie (F. PIRART, Sur l’Océan de nos âges) mais aussi https://philipperemywilkin.com/articles-parus-dans-indications/ (L. SCHRAUWEN, Race de salauds – F. PIRART, Un acte de faiblesse et La nuit de Sala).

Françoise PIRART, avec Vertigineuse, poursuit le sillon romanesque qui la caractérise. Des histoires bien écrites et bien racontées. Avec un léger contrepoint en filigrane, qui remet en question la lecture première. Ainsi, le récit d’une passion nous présente à l’avant-plan deux figures romantiques, une jeune femme gravement malade vouée aux causes humanitaires et un jeune homme aux allures d’ange maudit, au passé criminel. Mais. En cours de route, alors que je peine à suivre l’héroïne dans ses amours, on glisse vers une critique aigre-douce de la bienveillance bobo qui réoriente toute l’interprétation du roman. Siri va enseigner l’art dans les prisons, se bat contre la peine de mort ou fait la leçon (humaniste) à son frère avocat mais celui-ci, face à un cas concret, s’avère plus ouvert et tolérant quand elle sombre dans la suspicion et les préjugés. Temporairement ?

Liliane SCHRAÛWEN, avec Vivement ce soir…, nous permet de retrouver aux commandes d’un roman une auteure qui a toujours peiné à se ménager du temps, qui a donc avant tout œuvré dans la nouvelle, les commandes. On parle ici d’un des plus beaux potentiels de notre littérature, car la dame écrit très bien et raconte bien, peu de plumitifs ont sa culture ou son intelligence, son humour et sa force de travail, ses compétences techniques. Mais. MAIS. Sa vision du monde, de la vie est si sombre, si totalement désespérée qu’elle n’entrevoit pas l’intérêt d’une intrigue sophistiquée. A peine ébauche-elle un synopsis qui donne l’illusion d’un récit orchestral. Un jeune psy égrène les heures de la journée au gré des patients en songeant à retrouver sa compagne tandis qu’une des personnes qui vont défiler, la dernière, passe sa vie en revue. Mais le premier fil, soit celui du roman proprement dit, s’avère un contrepoint factice, l’intensité du livre réside tout entière dans le journal de la malade qui ne s’avoue pas telle. Une dame en bout de piste… depuis l’enfance ou quasi, une survivante qui pleure les affections estompées, les réussites évanouies, brisée par un drame autour duquel elle tourne inlassablement sans s’ouvrir… alors qu’on le devine narré par une autre patiente, divers personnages pouvant être appréhendés comme des avatars de la figure centrale. Qui se réduit à un cri, une douleur, une agonie. Un lamento bouleversant.

Patrick DELPERDANGE, Si tous les dieux nous abandonnent, 2016, Série Noire/Gallimard, Paris.

Patrick Delperdange est un auteur tout-terrain, un vrai pro, qui a écrit des romans pour la jeunesse, de scénarios de BD, acquis un savoir-faire que n’ont pas de nombreuses plumes académisées qui, derrière une hauteur de façade, cèlent bien souvent un arsenal limité,  des narrations molles, creuses, égocentrées.

J’éprouve une profonde estime pour l’écriture sensible d’un Francis Dannemark, la scénographie d’un Jean-Philippe Toussaint, le naturel d’un Paul Emond, l’inventivité d’un Patrick Roegiers, mais je vois la plupart comme de beaux écrivains. Dans le registre du romancier (du constructeur de narration), la regrettée Gudule était un phare (tout terrain elle aussi, avec une prédilection personnelle pour son sillon fantastique), il n’y en a guère pour prétendre à l’excellence. Rossano Rosi dans un trip moderniste. Armel Job dans une veine puissante, atemporelle. Patrick Delperdange à proximité et apparenté, mais en plus mordant, plus sobre, plus américain peut-être.

Patrick Delperdange, l’auteur du Chant de Gorges, un classique des Lettres belges (ou francophones tout court), au sens le plus noble, soit l’or du temps, un bijou, percutant, décapant. Publié naguère par Sabine Wespieser puis par la collection patrimoniale Espace Nord. Ce genre de livre qu’on rêve tous, nous auteurs, d’écrire une fois dans sa vie. Sa Femme de Gilles à lui, somme toute, dans un registre ô combien différent. Sa Bruges-la-Morte.

Or donc notre Delperdange national intègre la Série Noire de Gallimard. Une forme d’apothéose. Avec Si tous les dieux nous abandonnent…

Le pitch ? Une jeune femme, malmenée par la vie (au sens premier aussi), Céline, traverse un petit village, Valmont, fuyant une menace obscure. Elle se fait agresser par deux molosses, se défend et, blessant l’un d’eux, s’attire l’ire d’un détraqué local, ce qui va induire la trame du roman. Car, blessée, elle est recueillie par un vieillard, Léopold, et s’incruste dans la vie des autochtones. Tel un grain de sable enrayant le train-train morne d’une zone hors du temps. Elle se retrouve au centre d’un faisceau d’hostilités. Un acte posé à l’extérieur du village et du roman lui fait craindre l’arrivée de… de quoi ?… de la police ? de sa victime ? de ses proches ? Il y a Maurice, quitté par sa femme, qui a reporté toute son affection sur ses chiens, leur passant tout, les transformant en Bêtes de Gévaudan. Son frère Josselin, un simplet tiraillé entre des forces contradictoires mais très attiré par les femmes, le sexe, l’étrangère. Et Léopold lui-même, qui semble refouler secrets et pulsions.

En route pour un roman au ton très Série Noire, dans le fond et la forme. Moins original que Le Chant des Gorges mais très efficace, plus attrayant pour le grand public. Avec des accents de thriller et de road movie. Dans un décor qui rappelle Armel Job, soit cette campagne qu’on peut supposer ardennaise mais qui paraît flotter loin de tout ancrage réducteur. Un mini-monde à l’ancienne, avec ses règles, ses secrets, ses rivalités et ses comptes à régler qui traversent les décennies. Un parfum de western ? Assurément.

Delperdange, Job ou encore une Barbara Abel (adaptée d’ailleurs en films), voilà peut-être notre tiercé de conteurs purs et durs. Ils ont tous trois une écriture naturelle et puissante, cette capacité à canaliser leur talent d’écrivain (évident !) pour le placer au service de leur récit, un récit riche en personnages charpentés et nuancés, en suspense, en rebondissements (plus feutrés chez Armel).

PS Détail qui ne gâche rien, Patrick Delperdange, croisé, effleuré au hasard de Foires du Livre, semble un type épatant, aussi affable avec les débutants qu’avec les affirmés. Distillant avec malice bons mots, sourires, contrepoints.

Sylvie GODEFROID, La Balade des Pavés, 2016, Genèse éditions, Paris/Bruxelles.

Sylvie et Genèse, c’est-à-dire Danielle (Nees), autant l’avouer, deux dames que j’aime beaucoup, que je respecte beaucoup. A mon échelle, je dirais qu’elles m’ont toutes deux témoigné beaucoup d’estime et participé dès lors un peu de ma construction. Plus largement, ce sont deux personnalités-phares du monde des lettres belges, tel qu’il se redessine.

Danielle Nees ayant réussi une belle carrière parisienne et ayant l’excellente idée de la mettre au service d’une maison franco-belge, donc décloisonnée, à la fois ouverte aux talents nationaux mais sans sectarisme, avec une volonté de conquête du marché français, des ambitions et du pragmatisme.

Quant à Sylvie, elle a réinventé son métier (à la SABAM) et créé une famille d’auteurs, généré une grande vague. Il suffit d’ailleurs de lire la première page du livre, une préface de Barbara Abel, soit l’une des plus grandes professionnelles du roman en Belgique francophone, une jeune femme qui a réussi à Paris, qu’on adapte à la télévision, etc. Barbara a quitté sa société d’auteurs pour rejoindre la SABAM, on parle d’un transfert copernicien.

Le livre. La préface de Barbara est assez remarquable. Parce que très bien écrite mais aussi parce qu’elle fait écho avec beaucoup d’intégrité et de lucidité à sa première rencontre avec l’univers de Sylvie. Ce en quoi elle rejoignait mes propres réflexions (voir un article que j’avais consacré au précédent roman de Sylvie dans la revue Karoo : Les confessions d’une jeune femme/auteure…). Pour des romanciers purs et durs, comme Barbara et moi, il faut un sas de décompression pour investir l’univers romanesque de Sylvie. C’est un autre rythme, un autre rapport à l’écriture, à l’intensité narrative. On doit donc se dépouiller de nos petites habitudes, accepter qu’on parle anglais en Angleterre mais italien en Italie ou mandarin en Chine. L’altérité étant la porte d’entrée de l’enrichissement.

La Balade des pavés se lit facilement. Le style est assez direct, assez fluide tout en sauvegardant ces petites escarmouches purement littéraires, poétiques qui sont la marque de fabrique de Sylvie. Amenuisées cette fois. Evolution personnelle ou travail éditorial ? Moins d’envolées pour qu’elles en acquièrent plus de place dans l’imaginaire du lecteur ?

« Ce matin, quelque chose a changé dans ma dentelle intérieure. » Ce qui a changé, c’est que Lola, l’héroïne (encore un double de l’auteure, qui est peut-être la praticienne numéro 1 de l’autofiction en Belgique francophone), a appris qu’elle avait un cancer du sein. Et le livre va se décliner sous deux rapports : un road-movie, si je puis dire, une errance entamée de nuit à travers Bruxelles, suite de petites rencontres ouvrant des sillons d’observations et de réflexions ; la description de la rencontre d’une femme avec la maladie, depuis l’annonce jusqu’à sa conclusion, en passant par toutes les étapes et interrogations (perte des cheveux, ablation d’une partie de soi, etc.).

C’est un récit émouvant et instructif. Qui, avec beaucoup de sincérité, dépose sur la table du lecteur mille et une impressions, réactions, dans les sens les plus divers, du besoin de l’autre à son rejet, du désir de relativiser au besoin d’assumer pleinement, du silence au cri, etc. Un petit livre qui raconte une grande aventure.Un livre qui peut aider qui traverse une épreuve. Qui peut faire cogiter qui sourit béatement à la vie.

Avec un point d’orgue. Alors que certains passages offrent des perspectives sur d’autres vies, d’autres drames, le chapitre consacré à l’histoire de Caroline et Cédric m’a particulièrement ému. En quelques pages à peine, une existence entière reconstituée, de manière très percutante, bouleversante dans sa sobriété d’évocation.

2015

Quelques bons livres belges lus récemment :

Louis Wiart, Le Sommeil n’est pas un lieu sûr (Impressions nouvelles). Un jeune auteur qui promet, assurément. Le fil est déjà solide et la trame attrayante. Un trip moderniste, un sillon original ouvert mais à approfondir.

Daniel Charneux, More (MEO). Un essai-variations sur l’auteur de la mythique Utopie (qui fait bailler mon héros absolu Corto Maltese !) et protagoniste de la sulfureuse mais très réussie série TL Tudors. C’est bien écrit et assez enlevé. On se prend surtout de sympathie pour l’auteur qui raconte son aventure avec le sujet tout en mosaïquant autour de la figure historique (un saint… monstrueux). On apprend en s’amusant et on a envie d’aller déjeuner avec Daniel Charneux, qui doit être de très bonne compagnie. Mais. J’eusse aimé qu’une force centripète transcende l’ensemble.

Alain Berenboom, La Fortune Gutmeyer (Genèse édition). Une trame policière, une  narration enjouée, une écriture agréable. Du suspense et un brin d’exotisme (Israël), un arrière-plan historique (Shoah, captation d’héritages). J’ai ressenti un petit air de famille avec mon roman L’Oeuvre de Caïn et me suis bien amusé.  Mais le registre, ici, est plus ludique.

Yves Caldor, Le Train des enfants (MEO).  Un roman qui s’apparente plutôt à un récit de vie. D’un homme qui a échappé à la Hongrie communiste, perdu la Hongrie éternelle, qui tente ensuite de relier les fragments de son identité. Ca interpelle en ces temps où l’Immigration devient un enjeu majeur. C’est émouvant et bien écrit, ça se lit agréablement. Et j’y ai vu tant et tant de convergences avec mon vécu qu’un certain trouble m’a saisi. Qui plus est, le hasard faisant bien les choses, j’ai croisé ce collègue pour la première fois lors d’une soirée littéraire et il m’est apparu aussi sympathique qu’appréhendé (surtout parce qu’il pose sur lui et ses aventures un regard lucide, sans dramatiser ou nier).

Evelyn Heuffel, Pueblo (Ker). Roman boléro, dit le sous-titre. En tous les cas, ce livre est bien écrit et sa structure dynamique, ce qui n’est pas si courant en francophonie. C’est un bel objet aussi, édité à un prix démocratique. Un jeune éditeur (Xavier Van Vaerenbergh) qui monte, qui en veut, qui impressionne par sa personnalité.  Et une auteure qui détonne positivement par sa capacité à nous arracher à la morosité belge pour nous précipiter par-delà les océans (au Mexique ici mais au Brésil dans un précédent roman paru chez MEO) dans le sillage de personnages attachants.

Barbara Abel, L’Innocence des bourreaux (Editions de Noyelles… chez Belfond). Un thriller. Un vrai, quoique sinuant surtout autour des dérives psychologiques des personnages. Ici, on a affaire à une auteure belge qui publie chez un Grand Parisien et ça se sent : l’ensemble est très pro. Ecriture efficace mais distinguée. Narration maîtrisée, élaborée. Mon bémol, subjectif, a trait à mon empathie pour ses personnages.

Jean Jauniaux, L’Année dernière à Saint-Idesbald (Weyrich). Un recueil de nouvelles délicates, au ton doux/amer. Un très joli titre. Un bel objet aussi, avec sa couleur… sable et une photo qui me rappelle tant de souvenirs. Car. Saint-Idesbald, pour nous… (la famille Wilkin y est inscrite au patrimoine, une plaque commémorative à l’appui, à l’entrée de la villa Sursum Corda).

A propos de la littérature francophone de Belgique…

Le souffle romanesque, l’imagination, la capacité à inventer des mondes, des intrigues font monstrueusement défaut en littérature francophone.
Quand on compare une page d’un grand auteur anglo-saxon avec nos productions locales, on est souvent effaré par le côté inconsistant des nôtres.
Cette impression d’avoir des auteurs qui jouent avec les mots sans avoir un univers en tête ou alors un univers très étroit, qui travaillent 1h par ci, 1h par là, quand un roman demande 5/10h par jour, 7 j sur 7 durant des années, au moins une en immersion.
On doit rêver haut et fort, s’inspirer des plus grands (Ellroy, Murakami, Fowles, Palliser, Dostoïevski, Camus, Harrison, Sarah Waters…).
L’Académie française, la passion délirante et pathologique/fossilisante pour l’orthographe, la grammaire (que j’adore mais avec dérision… comme le foot) ont castré notre rapport à l’imaginaire.
Qui s’est souvent réfugié dans des secteurs marginaux comme la BD.
A tel point que je me demande parfois : quel romancier francophone pour rivaliser avec Franquin ou Edgar P. Jacobs ?
Pas un hasard si deux des plus grands romanciers belges francophones sont Gudule, alias Anne Duguël (qui vient de décéder !) et Patrick Delperdange, dont Le Chant des Gorges paraît quasi un ovni.
Ceci dit, il faut aussi distinguer romancier et écrivain.
Peu sont les deux. Du moins à un niveau élevé.
Je suis souvent désabusé face à un(e) collègue qui écrit et narre avec talent (donc conjugue deux qualités) mais.. pour ne pas dire grand-chose.
Un David Reybrouck, côté flamand, nous a rappelé ce que sont l’audace, l’ambition et la consistance.

Anne François, Nu-tête (Albin Michel, 91).  Je me suis infligé des exercices spirituels et domestiques : passer un peu de temps tous les jours avec un livre qui meuble ma bibliothèque sans que je sache trop ce qui l’a amené…. le but étant un tour plus ou moins rapide avant élimination. Car j’ai besoin d’espace, d’air pour mieux étendre mon imagination et le travail si ardu de la création. Et le couperet tombe donc. A droite et à gauche. Ne plus accepter de nouveaux livres, ne plus en commander. Amenuiser. Me nourrir de ces mannes infinies accumulées parfois à mon insu.
Anne François ! Un livre de femme. Typique. Une auteure qui narre la décomposition d’une malade en parallèle avec les réflexions d’un médecin qui paraît plus effrayant que la maladie. De l’autofiction ? Ou quasi ? Des notations psychologiques. De l’intime. A priori je devrais fuir et larguer l’ouvrage sur la pile des refoulés. Seulement voilà. Je donne sa chance à chacun, le tente, et Anne m’uppercute par sa plume et son talent. Elle écrit vraiment. Très bien. Elle ressent et exprime avec une subtilité qui me confond. Le talent est si rare, oui, si rare parmi tous ces livres ennuyeux qui nous submergent, que j’ai l’envie subite de lui écrire, de lui dire mon admiration, ma sympathie. Mais trop tard. Wikipedia m’apprend ce dont je me doutais un peu. Elle est décédée. A 47 ans. Etrange. J’aime le talent. Au-delà de toute rivalité. Je suis frustré de la rencontrer trop tard. Ne pas oublier de dire aux vivants, jamais, si l’on aime ce qu’ils disent ou font ou sont.

Jean Flament, Oostende blues (Luce Wilquin, 97). 26/8.  Un auteur qui me semble disparu, comme son directeur de collection, Bruce Mayence dont on parla pas mal naguère. Ce qui effraie. Il suffit de peu choses pour apparaître, disparaître, réapparaître, etc. Je passe un moment avec le livre, m’interrogeant sur mon rapport à la langue. C’est écrit, même très écrit, mais ça ne passe pas avec moi : A l’horizon, les eaux chatoyaient comme une prunelle féline sous la clarté diffuse d’une bande de ciel mauve égarée entre les nuages. Près de lui, l’océan se plissait en élans moutonneux et grondait doucement comme un vieillard bougon. Quand je lis ce genre de choses, je pense toujours (par contraste) à des livres américains, de Fante à Tesich. Pourquoi ?

Coup de projo sur les sorties M.E.O. pré-Foire du Livre de Bruxelles
3 sorties ce 16 février 2015, toutes fraîches donc, chez cet éditeur qui s’installe décidément fermement dans le paysage littéraire belge.
Un éditeur dont les ouvrages n’appartiennent pas à mon sillon naturel, il faut l’avouer, car très marqués du sceau d’une littérature francophone (belge) qui ne me ressemble guère… tout en étant toujours de qualité (style et background de l’auteur). Mais. Un interlocuteur rare, qui m’attire par ses compétences, un humanisme, une ouverture. Qui permet aussi des découvertes, des éclosions.

Michel Joiret, Le Carré d’or. Un récit doux-amer qui a un faux air de roman à la Francis Dannemark (FD qui me semble la plume la plus délicate et naturelle de nos lettres… quoique très loin, lui aussi, de mon sillon naturel). Bien écrit, se lisant aisément. On déambule dans Bruxelles, principalement du côté de la Place Poelaert et du Sablon, dans une grande rêverie nostalgique. Avec un personnage qui décroche et qui, du coup, flotte dans les interstices du temps, du souvenir, se glissant dans les plis d’autres générations, d’autres narrations et sensations. Un état d’esprit que nous avons tous connu mais souvent effleuré, rarement vécu avec autant d’abandon, d’émotion. Un Bruxelles-la-Morte, un peu, aussi, un récit qui charme, quasi au sens premier, avec ce mince regret d’une poignée de termes familiers, qui détonnent dans une atmosphère onirique. Contrepoint ?

Daniel Simon, A côté du sentier. Recueil de nouvelles. Je ne suis pas entré aisément dans le livre le premier soir mais j’ai été happé le deuxième. Pourquoi ? Il faut avoir la sagesse de rappeler que toute rencontre (et ça vaut dans tous les domaines) dépend de facteurs extérieurs. Vous êtes fatigué, pressé, sortez d’un récit tout autre, ou, au contraire, vous vous sentez particulièrement réceptif, etc. Ensuite, il y a nos sensibilités respectives aux sujets, aux traitements. Au final, l’objectivité a parfois bien du mal à s’y retrouver.
Ceci dit, une raison intrinsèque tient sans doute au lien relativement lâche qui unit les différents fragments du livre : « notre désir de retrouver des murs nus dans la maison du temps où nous passons. » L’humain face à des impasses, donc, à des fins de parcours ou des redémarrages ? Voilà qui permet d’appréhender des situations fort différentes. Et, de fait, ce qui frappe rapidement chez Daniel Simon, c’est une sacrée diversité de tons et de traitements. Ce recueil, au final, peut être conseillé à tout aspirant-auteur car notre homme écrit très bien mais, en sus, offre quasi un « art de la fugue », des variations sur la manière de dire, de raconter. Un lecteur éprouvé ou un collègue créateur y trouvera une singulière subtilité. Tout est soigneusement écrit, de manière fluide et inventive. Tout est habilement narré. Aucun ennui. Aucun passage qui vous arrête à la manière d’un éboulement de tournures ou mots abscons. Et pourtant. Une difficulté, bienvenue, à distinguer clairement le sens. Une surprise, toujours. Une interrogation. Une remise en question. Un étonnement. Au-delà de quelques textes plus émouvants (Désiré, Julia…), on pointera l’interpellant Pourriez-vous être plus clair ?, dialogue entre un demandeur d’asile et une employée de notre administration. Ou les nouvelles qui dévoilent nos rapports aux nouvelles technologies (Net, Facebook…) ou qui entretiennent un rapport avec le milieu du théâtre. Daniel Simon ne s’y refuse pas grand-chose, allant jusqu’à pasticher, quasi, l’extermination des prétendants de Pénélope dans l’Odyssée !

Liliane Schraûwen, Ailleurs. Recueil de nouvelles. Hum. Voilà une auteure dont nous avons cru jadis qu’elle s’imposerait comme l’une de nos meilleures romancières. Belle plume. Narration fluide, agréable. Qui plus est, une dame de grand talent, particulièrement intelligente et érudite. Pleine d’humour dans la vie. On retrouve ces qualités ici. Quoique. Un peu diluées. Un peu décolorées par des invariants. Pour bien mesurer ce qu’un coach littéraire devrait insuffler à celle que je considère encore, à 67 ans, comme un espoir de nos lettres, je conseillerai de comparer Solution et Ailleurs. La dernière est superbement écrite et peu d’écrivains belges peuvent prétendre à cette envolée lyrique. Motivée par une collaboration avec un plasticien africain, Charles Mutanganwa, LS offre là un texte ciselé, qui justifierait à lui seul l’achat de l’ouvrage. Mais la première, a contrario, et comme d’autres, nous présente l’auteure cédant un peu négligemment à ses vieux démons, une certaine complaisance pour le désespoir et la solitude, une noirceur sans solution, sans rédemption.

2014

Août

Deux blogs à découvrir, à suivre, pour qui aime nos lettres ou réfléchir :

1. celui de l’excellent auteur Paul Emond, dont chaque article participe de l’œuvre littéraire :
http://www.google.be/url?sa=t&rct=j&q&esrc=s&source=web&cd=2&cad=rja&uact=8&ved=0CC4QFjAB&url=http%3A%2F%2Fwww.paulemond.com%2F&ei=UT74U5CEOpDpaKjBgOAM&usg=AFQjCNFPNsagHSStEcgZ9NM3hPI17ZQ5Lw&sig2=3-koKuIGR2VWTWC-AhpR_A&bvm=bv.73612305%2Cd.d2s
2. celui d’Edmond Morrel, qui a réussi la gageure d’être une chaîne radio culturelle à lui seul, au service de nos auteurs, nous offrant de très belles interviews et analyses :
http://www.google.be/url?sa=t&rct=j&q&esrc=s&source=web&cd=1&cad=rja&uact=8&ved=0CB8QFjAA&url=http%3A%2F%2Fwww.espace-livres.be%2F&ei=nD74U9K_Go2VauaPgJAM&usg=AFQjCNHUEYdruV-Dbzrs2BMZ94VYq3m7dQ&sig2=CX70CtMWk8zLVvZipASRIQ&bvm=bv.73612305%2Cd.d2s

 Monique Thomassettie

Voici quelques mois, l’épouse de l’auteur/éditeur Gérard Adam, m’avait offert un package regroupant 3 de ses ouvrages récemment parus en autoédition : Intuition (Monéveil), Mes intimismes et Entre-Musiques (MEO).  Un ensemble qui m’avait décontenancé. Car il procède d’une démarche qui pourrait paraître très narcissique. Une volonté de ne rien perdre de ce qu’on a pu dire, faire, écrire, penser. Comme si tout cela était si important. De fait, Mes intimismes nous offrait des reproductions de portraits réalisés par la créatrice (peintre et poétesse) tout au long des années, avec des commentaires, alternant mise en situation, explications ou envolées lyriques ; puis des des créations de sa fille Véronique, dessins, texte, poupées… Intuition approfondissait cette sensation en collectant mille et un extraits du site personnel de MT, des allures de journal, des micro-essais, des textes inédits, des sensations et réflexions. Pourtant, passé un premier mouvement d’agacement, j’ai été traversé par deux flux nouveaux.
D’abord, l’agacement me paraissait mesquin en ce sens que j’épousais là une réaction commune, qui participe d’un déficit d’imagination : on reproche à un créateur X de se donner de l’importance, de nous offrir des clés de compréhension, des moments d’intimité… alors que l’on regrettera de ne pas avoir ces témoignages de la part d’un Shakespeare, d’un Molière, etc. Déficit d’imagination, car on peine à concevoir que le talent (ou parfois le génie) puisse passer à proximité. Telle personne va s’extasier devant la marginalité d’un Beethoven, d’un Rimbaud, d’un Baudelaire… qui ne supportera pas le laisser-aller (apparent) de sa fille comédienne, les humeurs de son fils plasticien, des choix atypiques de l’entourage.
Ensuite. Les préjugés laissés au porte-manteau, butinant au fil des pages, je découvrais une série de textes qui me parlaient. Ainsi, lors d’une visite d’école, Monique répondait à une élève l’interrogeant sur son rapport à l’écriture : « Quand j’écris, je suis ; quand je publie, j’existe ». Beau ! Ou c’étaient des réflexions sur Zweig, sur d’autres, qui valaient le détour. Même si je ne partage pas toutes ses sensations (Adolphe est un livre de chevet ! Un des plus grands livres de la littérature française !).
Bref, je finissais par me dire : « Mais si ce qu’on lit, à divers moments, nous amuse, nous émeut, nous invite à réfléchir… alors… ces mélanges, a priori curieux, méritent donc d’exister, d’être lus… ».
Comme si tout cela était si important. Mais qu’est-ce qui est important ou dérisoire ? Nous plaçons tous la barre des étiquettes à des hauteurs différentes et quelle vanité égocentrique que de se décréter soi-même comme frontière ! Est farfelu celui qui l’est un peu plus que nous, et idem pour la vanité, la violence, le courage, le… tout ! Moi-même, je m’étais posé ces questions du « Que dire ? Jusqu’où aller ? » en créant un site d’auteur, en assemblant des éléments biographiques… « pour faire comme tout le monde ». Et, quoi qu’on fasse, ce sera toujours trop pour l’un et pas assez pour l’autre. Alors il faut ajuster et balayer toute pusillanimité. Etre un peu plus anglo-saxon, décomplexé ? La timidité et le silence sont-ils des indices d’orgueil démesuré, comme le disait mon professeur de français (adulé) en rhéto ? Ouvrir son intimité, c’est aussi partager, permettre à l’interlocuteur de mieux se situer à travers des informations passerelles du devenir ou du mieux-être.
Au final, il semble que MT (dont je lirai un jour prochain le recueil de poésies Entre-Musique) est une personne hyper-sensible et réactive, sans cesse en interaction avec tout ce qui l’entoure, la croise (textes, films, personnes, situations…), qui tente d’assembler les fragments de sens et de dévoilement du monde en résistant au ras-de-marée du temps et de la vie. C’est un tempérament d’artiste. Fragilité et force. Résistance et audace. Tout lui parle, la fait frémir. Son retour sur elle-même est une ouverture quasi totale sur le monde, l’Autre. Et on ne s’étonnera pas, l’appréhendant au-delà des faux-semblants du vulgaire, qu’elle sacrifie une grande partie de son temps à découvrir, soutenir, promouvoir… le talent des autres ! Notamment comme éditrice de poésie.

Caroline Alexander, Ciel avec trou noir, chez MEO
en 2014.

Un témoignage. Bien écrit, se lisant aisément. Sur une dame, l’auteure, cherchant à élucider les circonstances exactes de la mort de sa mère et de son frère, victimes de la Shoah. Une Shoah appréhendée par un autre bout de la lorgnette. Une enfant cachée qui, à différentes époques de sa vie, tente d’assembler des lambeaux de passé, participe à une commémoration, des voyages/souvenirs où l’on devine l’embarras, la difficulté du partage, du non-dit, du secret, de l’indicible. Mais de là à parler d’un magnifique polar, comme le fait Jacques Bredael en 4e de couverture… Hum… Non, ce bel ouvrage, émouvant, me semble tout autre.

 Armel Job, Le conseiller du roi, chez Espace Nord en 2003.

C’est un très bon roman ! Un classique (déjà !) de la littérature belge. Publié par notre collection patrimoniale d’ailleurs. Comme La femme de Gilles de Bourdouxhe, par exemple. Un roman psychologique/de moeurs/sociologique, avec quelques accents historiques, le récit se déroulant en 1950, aux alentours de la Question Royale et de l’assassinat du fameux leader communiste Lahaut. Armel Job impressionne par la compacité de son récit, la justesse d’une langue sophistiquée mais jamais précieuse, toujours solide. Tout est fluide. Jamais un moment ennuyeux, une baisse de tension. Tout est parfaitement ajusté. La mécanique est implacable. Et humaniste, en même temps, car nous la subtilité des réactions humaines est remarquable dans des passages comme le séjour de Julien en Allemagne (prisonnier mis au travail dans une ferme).
Armel Job, dans le registre classique, devrait figurer l’un des modèles de nos jeunes romanciers, contrebalancé par la percussion moderniste d’un Rossano Rosi ou l’imagination débridée de la grande Anne Duguël (alias Gudule, star de la littérature jeunesse… aussi). A compléter par la petite musique d’un Dannemark, la capacité à immortaliser une scène d’un Toussaint Jr, la langue protéiforme d’un Roegiers ou les logorrhées vitaminées/sophistiquées d’un Bernard Dan.

Juillet

Paul Emond, Les vingt-quatre victoires d’étapes du peintre Belgritte, fiction parue chez Maelström en 2013 +

Il y a des anges qui dansent sur le lac, pièce éditée par Lansman en 2009.

Paul Emond, dramaturge et romancier, est assurément une de nos belles plumes, et un type épatant. Dont nous avions déjà lu, avec beaucoup de plaisir, Tristan et Yseut (Maelström, 2007) et Le sourire du diable (Lansman, 2007).Ces ouvrages-ci nous auront séduits au creux de nos vacances montagnardes, mon épouse ayant à son tour dévoré les aventures de Belgritte. Deux livres faciles à lire mais qui n’ont rien de léger.La fiction est très bien éditée par David Giannoni, c’est vraiment un bel et bon objet, qui nous narre une étrange épopée, celle d’un grand peintre accompagnant le Tour de France (mythique !)  de 1958 pour en saisir le mystère, le sacré… au côté de son cousin Luc Varenne. C’est un récit vif, très amusant. Quant à la pièce, le registre est tout autre. Une maison au bord du lac, ses habitants et leurs petits mystères liés à la vie d’une famille, heurs et malheurs, traumatismes et remords. Il s’agit ici d’un support papier pour un texte destiné à être joué, bien sûr, et Emile Lansman a joué la carte de la sobriété. Un Lansman qui a réussi à être l’une sinon LA référence pour l’édition théâtrale francophone. Deux éditeurs belges, donc, qui font du bon boulot, et depuis de longues années, en des temps difficiles et qui méritent un coup de chapeau.
Ce sont des animateurs (d’anima, l’âme, en latin !) de nos Lettres.

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10 Commentaires

  1. Quelle belle sensibilité, Philippe !

    Réponse
  2. De tout cœur-esprit, merci! Dans le tome II de Intuition (même nombre de pages, et prêt pour l’impression en automne), j’ai déjà évoqué ta disponibilité au dialogue, cher Philippe.

    Réponse
  3. Thierry-Pierre Clément

     /  août 18, 2014

    Bravo Philippe ! Ton regard de lecteur est aiguisé, il cultive la distance nécessaire mais aussi l’empathie, l’enthousiasme lorsqu’il advient, l’honnêteté intellectuelle qui permet de s’interroger en profondeur voire de se remettre en question… De plus, tu sais manier la plume, ce qui ne gâche rien 😉 Bref, merci pour cette rubrique, je lui souhaite une belle navigation !

    Réponse
  4. Caroline Alexander

     /  août 22, 2014

    Caroline Alexander

    Merci pour ce commentaire succinct et fort juste. Ce sont des fragments longtemps enfouis de ma vie que j’ai recomposés à la manière d’un puzzle, au fil des souvenirs, des sensations, du temps écoulé. Je n’avais évidemment nulle intention d’en faire ce que Jacques Bredael appelle si gentiment un polar. L’idée ne m’en était même pas venue. C’est sa lecture, son optique et je n’ai aucun argument à lui opposer. Curieusement d’ailleurs un certain nombre d’autres commentaires reçus font allusion à un suspens…

    Peut-être aurons-nous un jour l’occasion de faire connaissance pour en parler en direct. Et de bien d’autres choses à lire, à voir ou à entendre.

    Réponse
  5. Merci à Monique (doublement), Gérard, Thierry-Pierre et Caroline pour les aimables messages !
    Caroline, qu’il y ait suspens, c’est une chose entendue, mais je suis pour la communication la plus honnête et éclairante qui soit. Ce serait comme de présenter le beau roman d’Armel comme un roman historique. Mais non. On parlera d’accents historiques… Enfin, j’ai bien découvert mon « Livre de Mahomet  » sous le label poésie (Daviiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiid !!!!) alors que là aussi on parlera plutôt d’accents lyriques ou poétiques…
    Dans ce registre de réflexion, Evelyne Wilwerth m’a expliqué comment Gérard avait eu l’idée d’apposer la mention « romanouvelles » sur son dernier… opus. La démarche, rare en sus, m’enchante.
    Je conseillerai volontiers le livre de Caroline à mon nouvel ami Adolphe Nyssenholc, qui a écrit un très bel ouvrage, « Bubele », sur son aventure d’enfant caché. Et à son frère. Entre autres.

    Réponse
  6. Au célèbre « Indignez-vous! », l’on pourra désormais ajouter: « Agacez! »… 🙂

    Réponse
  7. C’est vrai qu’agacer, c’est un beau mot, une belle notion. 🙂

    Réponse
    • – Racines de « agacer » : « tranchant des dents » (Grand Robert) et « pointe » (Petit Robert).
      – Et un extrait de mon recueil : Mes bouteilles à la mer contenaient des tempêtes :
      Rhubarbe sans adoucissant
      dans sa vérité
      décapante et première
      Rhubarbe :
      « Racine barbare »
      – Et un sourire  🙂

      Réponse
  8. L’extrait sera mieux compréhensible entier, soit :

    C’est un fruit astringent
    qu’aujourd’hui je tends
    Rhubarbe sans… etc
    – Et (dans le même recueil) :
    le rire guérit (…)
    le rire que sous-tend
    une pensée prodigue et généreuse
    🙂

    Réponse

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