VERTIGE ! (mon 15e ouvrage publié, 2019)

Vous pouvez lire les premiers pas du livre (en 2019) ci-dessous, mais je vais partager ici les dernières réactions (2020) :

. LU 3 février : sur la plateforme culturelle Les Belles Phrases, la belle recension de Jean-Pierre Legrand, qui m’avait déjà si bien compris dans son analyse de Matriochka : https://lesbellesphrases264473161.wordpress.com/2020/02/03/vertige-de-philippe-remy-wilkin-maelstrom-la-lecture-de-jean-pierre-legrand/

VERTIGE ! de PHILIPPE REMY-WILKIN (Maelström) / La lecture de Jean-Pierre LEGRAND

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Jean-Pierre LEGRAND

Dans une de ses Cinq leçons sur la psychanalyse, Freud évoque cette colonne  non loin du London Bridge, que l’on appelle « The monument ». Elle rappelle le souvenir du grand incendie qui, en 1666, éclata tout près de là et détruisit une grande partie de la ville. Ce type de  monument constitue un « symbole commémoratif ». « Que diriez-vous, nous suggère Freud, d’un habitant de Londres qui, aujourd’hui encore, s’arrêterait mélancoliquement devant ce monument alors que Londres s’est depuis longtemps déjà  relevée de ses cendres. Le malaise que suscite en nous la survivance ici ou là de traces de notre passé colonial,  n’est pas si éloigné du trouble névrotique décrit par Freud. La très belle nouvelle de Philippe Remy-Wilkin se nourrit de ce vertige, y mêlant en un subtil entrelacs, les traumatismes de l’Histoire et les blessures de l’enfance. Le texte est publié dans la jolie collection « Bruxelles se conte », dans laquelle l’éditeur a eu l’heureuse idée d’inviter divers auteurs à rédiger de courtes nouvelles ayant Bruxelles pour toile de fond plus ou moins explicite.

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L’argument est simple et nimbé de fantastique : attiré par une invitation assez mystérieuse, un auteur vient découvrir l’Africamuseum de Tervuren, rouvert après cinq années de rénovation et bien des polémiques sur la décolonisation. Commence une visite guidée dont la relation évoque une progression labyrinthique et souterraine aux symétries improbables comme celles du rêve. Sous la forme d’une remémoration du Congo colonial, la visite sera aussi introspective que rétrospective : conçu au Congo qui fut un  court temps  la terre d’élection de ses parents,  l’auteur-narrateur naîtra en Belgique, triste apothéose du désastre colonial.

Sous la plume légère et toute en fluidité de Philippe Remy-Wilkin, les eaux du passé reflètent en leur genèse toutes les errances d’une famille : « Le Congo, écrit le narrateur, a déterminé la vie de mes parents, leur appréhension de la vie, devrais-je dire et jusqu’à nos rapports, c’est-à-dire la fin de nos rapports ». Le schéma narratif est astucieux : les blessures narcissiques du passé sont évoquées sous forme de courtes incises qui, de proche en proche, viennent se ficher dans le texte comme autant d’échardes douloureuses. Très habile et particulièrement efficace dans un texte aussi court qui n’aurait pas supporté les détours d’un pesant flash-back. (Au fait je me suis plu à imaginer que le narrateur n’a jamais reçu d’invitation à se rendre au musée de Tervueren et qu’il s’agit là d’un prétexte pour assouvir son obsession de s’y rendre encore et encore.)

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Philippe Remy-Wilkin

Sans jamais alourdir son texte, l’auteur aborde le sens de nos vies dont les hasards et mystères nous projettent en haut ou plus souvent en bas de nos destins ; les subtils faux- fuyants, les alibis dont nous travestissons nos déroutes personnelles, nos choix hasardés. Le rapport à l’histoire est aussi interrogé sans jamais faire la leçon, sans juger et en faisant entendre toutes les voix comme en une musique polyphonique. Ce texte fort riche dans son apparente concision est également une invitation à poursuivre plus avant notre exploration d’un passé que nous connaissons si mal et sur lequel, à l’évidence, l’auteur s’est beaucoup documenté. Belle idée du reste de s’être ainsi servi de l’actualité – la réouverture sous une forme nouvelle du musée de Tervueren – pour interroger notre rapport à l’histoire : servons-nous la cause de l’Afrique en déboulonnant les statues de Léopold II, est-il judicieux d’aborder notre passé comme un document word, la dernière version écrasant toutes les autres ? Autant d’interrogations que suscitent cette nouvelle toute en finesse et intelligence.

Pour ceux qui voudraient approfondir la question du  colonialisme, je conseille deux lectures  parmi bien d’autres, l’une littéraire – Le voyage au Congo de Gide – l’autre historique – Congo : Mythes et réalités du professeur Stengers. Dans ce dernier ouvrage, vous apprendrez que les colons belges en congé à Bruxelles s’étranglaient de rage à la vue des travaux (dont le Cinquantenaire) engagés par Léopold II. Considérant le Congo comme sa propriété, le Roi pompait tous les revenus de la Colonie au bénéfice de ses pharaoniques travaux sans investir un kopeck en faveur des colons qui, sur place, manquaient de tout. C’est une autre facette de cette histoire.

Le livre sur le site des Editions Maelström

. LU 27 janvier, Eric Allard (chroniqueur culturel, auteur, professeur), en MP : « (…) j’ai kiffé, pour parler un peu vulgairement, du début à la fin ton Vertige ! lu ce week-end… qui m’a fait éprouver le même plaisir qu’à la lecture de Matriochka. »

. LU 20 janvier, Homban Pulusu (animateur radio) m’écrit ceci :  « J’ai lu ton livre avec intérêt et beaucoup de plaisir. Pour moi, tu as mis face à face des regards différents de la réalité Colonisation et musée de Tervuren. Des admirateurs de Léopold II, ses détracteurs et ceux qui essaient de faire le bilan et de passer à autre chose. Pour ces derniers, il s’agit de tourner le regard vers le futur sans nier le passé. » L’approbation d’un  Africain d’origine n’a pas de prix à mes yeux !

. VE 17 janvier : Jean Jauniaux (auteur, médiateur, directeur de revue, président du Pen Club Belgique, etc.) a eu le réflexe magnifique d’écrire ceci à Véronique Bergen (autrice, médiatrice, académicienne), en nous mettant, Nausicaa Dewez (rédactrice en chef du Carnet), et moi en copie :

 » (…) juste un mot pour te dire combien j’ai trouvé éclairante et stimulante la recension que tu nous donnes de Vertige !. Je suis heureux pour Philippe Remy-Wilkin, qu’il ait, grâce à toi et à ton texte, trouvé des instruments d’expertise et , surtout, de mise en évidence d’un travail qu’il mène dans l’obstination de la sincérité. Ces explorations de l’inconscient, nourries de l’Histoire et de nos histoires, ont à l’évidence dans ce  Vertige !, trouvé un écho particulièrement sensible. Je n’ai pas encore lu le livre de Philippe mais, comme beaucoup d’autres qui en auront lu ton analyse, je me précipite pour pallier cette lacune dans mes lectures essentielles. »

. VE 17 janvier. La recension de Véronique Bergen dans Le Carnet et les Instants. Que dire ? Je suis comblé : https://le-carnet-et-les-instants.net/2020/01/17/remy-wilkin-vertige/.

Anamnèse et Graal intime

Philippe REMY-WILKINVertige !, MaelstrOm, coll. « Bookleg Bruxelles se conte », 2019, 36 p., 3 €, ISBN : 978-2-87505-347-3

Le récit Vertige ! est bâti à l’image du tableau Vertige, l’escalier magique de Spilliaert, qui figure en couverture. Avec brio, entre impossible anamnèse et démon de la logique, Philippe Remy-Wilkin campe une fiction aussi entêtante qu’un breuvage. Sur fond d’un questionnement sur le règne de Léopold II, sur les coulisses sanglantes de la colonisation du Congo, une machine infernale (au sens de Cocteau) se met en place : à l’occasion d’une mystérieuse invitation à se rendre au Musée de Tervueren, le narrateur se retrouve embarqué dans une tectonique des plaques touchant l’Histoire et son histoire familiale. Rythmée par la voix posthume de la mère, l’architecture du récit adopte un mouvement tout en spirale. Comment lever la chape de plomb des non-dits qui écrase les siècles ? Pourquoi le narrateur en vient-il à soupçonner un « rosebud » refoulé derrière sa passion de l’Histoire ? La déambulation, la visite ethnospatiale dans les salles du Musée de Tervueren catalyse une descente spéléologique dans le temps. Quel lien ombilical avec l’Afrique a-t-il occulté ? Dans le sillage de la mort de la mère, des zones intimes tenues dans l’ombre réclament un passage vers la lumière.

À la manière d’une taupe, l’écrivain est celui qui creuse des terriers, des tunnels, qui, fût-ce à son corps défendant, traque dans les régions souterraines de l’inconscient des secrets dans le placard. Dans ce labyrinthe physique et psychique, la voix maternelle ne déroule pas un fil d’Ariane mais décoche à l’égard du fils un chapelet de constats, de reproches.

« N’ai-je pas aluni à l’endroit idéal pour une perception globale de l’Histoire belge ? De mon histoire ? »

Se faire le détective de soi-même, marcher sur les traces de l’enquête menée par Œdipe ne garantit nullement la dissipation des voiles qui, en amont, épaississent l’existence. La fiction, son « mentir-vrai » comme disait Aragon, n’est-elle pas le médium le plus approprié pour tenir un bout de réel, pour faire main basse sur un fragment de vécu que les parents ont forclos  que le fils a refoulé ? L’histoire familiale a-t-elle été colonisée par un secret jalousement gardé, emmuré de génération en génération ? Ce n’est ni une petite madeleine ni  les arbres d’Hudesmenil qui soulèveront des phénomènes de réminiscences tardant à délivrer leur vérité, mais une convergence de stimuli orphelins de toute réponse. L’écrivain est avant tout le lecteur des signes que le monde émet.

Dis-moi quels sont tes héros préférés et je te dirai qui tu es. Nul étonnement que Philippe Remy-Wilkin se penche sur sa prédilection pour Perceval. Taillé dans l’innocence, c’est de se murer dans le silence que Perceval échoue, lors de la première épreuve, à délivrer le Roi-Pêcheur. À partir des échos qui le relient à Perceval, découvrira-t-il son Graal intime ? Quel est le prix à payer pour accéder à la révélation ? Faut-il traquer l’ombilic des marécages familiaux ou préférer des biographèmes à géométrie mouvante, pris dans le clair-obscur des toiles de Léon Spilliaert ?

Auteur des romans Lumière dans les ténèbres, L’œuvre de Caïn…, d’essais historiques, Philippe Remy-Wilkin explore dans un récit aussi compact qu’hypnotique le dédale des faits, de leur aura tremblante, sachant qu’« il n’y a pas de faits, seulement des interprétations » (Nietzsche). Rien de plus ardu que devenir le Champollion de la pierre de Rosette qu’on porte en soi, que les géniteurs nous ont léguée. Si, toutefois, une force irrésistible, doublée d’un impératif catégorique, nous intime de décrypter nos palimpsestes existentiels.

Véronique Bergen

. JE 9 janvier : Denis Billamboz évoque le livre en long et en large, mais on relira 20 fois sa conclusion, qui m’enchante. Voir le blog culturel français Mes Impressions de lecture : http://mesimpressionsdelecture.unblog.fr/2020/01/09/vertige-philippe-remy-wilkin/?fbclid=IwAR2S4DcD95OVQKSvPik3RSKgRVoV9dxoTSBJTM0ACWLmTE6AlJ_5mnikUrE. Sinon :

« Maelström a eu la belle idée de confier à des écrivains le soin de raconter Bruxelles autrement dans une collection intitulée : « Bruxelles se conte ». Philippe Remy-Wilkin a eu pour mission de rédiger l’opus 81 qu’il a intitulé « Vertige ! ». il a choisi de raconter le musée d’art africain de Tervueren dans la banlieue de la capitale. Un jour, son héros a reçu une invitation mystérieuse pour visiter ce musée après sa réouverture faisant suite à une longue fermeture pour « décolonisation ». Avant sa transformation, ce musée montrait l’Afrique de « L’enfant noir » de Camara Laye, le « bon noir » bien éduqué par des colons attentionnés et soucieux du développement des populations indigènes. Ceux que Ferdinand Oyono, avec aigreur et acidité, présente comme des « nègres » candides exploités par les colons dans son livre « Le vieux nègre et la médaille ». Une vision de l’Afrique qui n’était plus supportable. Et pourtant, au cours de cette visite commentée, des voix dissonantes s’élèvent du groupe de visiteurs, certains ne cessent de répéter que si les colons étaient encore en Afrique ce continent ne serait pas à la dérive comme il l’est actuellement, d’autres disent exactement le contraire et pensent que cette dérive n’est que le fruit des abus coloniaux. Ces deux visions de l’Afrique ne seront jamais conciliables, pas plus que la fusion des deux principales communauté belges dans un peuple uni et soudé. Le visiteur invité conçu en Afrique mais né in extremis en Belgique, écoute ces remarques divergentes sans prendre parti (NDLA : si, si !), il pense à sa mère morte récemment avec laquelle il ne se comprenait pas très bien, à sa famille écartelée ayant vécu entre Belgique et Congo (celui de la République d’aujourd’hui). Il essaie de rassembler les pièces du puzzle de son existence en écoutant un vieux monsieur qui l’invite à boire un verre après la visite. Il lui raconte sa vie et son désespoir (NDA : terme un peu fort !) , il se plaint de n’avoir pas tout su ce qu’il aurait dû savoir et, par contre, d’avoir su des choses qu’il n’aurait peut-être pas dû savoir. Le vieux monsieur le réconforte en évoquant certains événements qu’étrangement il semble connaître. Au comble de la confusion, le visiteur perturbé croise le guide du musée qui en deux mots éclaire brusquement son passé ténébreux mais aussi son avenir guère plus lumineux (NDA : Vous croyez ?) . Quelques pages pour évoquer la colonisation, l’avenir de l’Afrique, la Belgique face à son histoire et ses querelles, une saga familiale tout aussi complexe que les rapports entre la métropole et la colonie du Roi … Une nouvelle qui se termine par une chute vertigineuse. Un exercice de virtuosité littéraire excellemment exécuté par l’auteur. En gymnastique, on dirait qu’il a réalisé un « pile chute » méritant la meilleure note.« 

 

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. WE des SA 7 et DI 8 décembre 2019 : sortie en compagnie de 7 autres booklegs « Bruxelles se conte », dans le cadre des festivités liées  au 9e anniversaire de la Boutique Maelström (https://www.facebook.com/events/552617888835807/). Le samedi, devant la Boutique, David Giannoni me tend le micro pour présenter mon micro-roman (35 pages). Le dimanche, des extraits du texte sont lus par Julie-Paul Remy en duo avec Céline de Bo, dans le cadre d’une scénographie d’une grosse heure où nos textes sont animés, avec un fil rouge assuré de très belle manière par le comédien Mathieu Lelarge. Ensuite, rencontres entre auteurs et avec le public lors d’un Thé/Goûter.

Philippe Remy-Wilkin, Vertige !, Bookleg Bruxelles se conte 81, macro-nouvelle, ISBN 978-2-87505-347-3, 36 pp, 3 euros, 12×18 cm.

Attiré par une invitation assez mystérieuse, un auteur vient découvrir l’Africamuseum de Tervueren, rouvert après cinq années de rénovation et bien des polémiques sur sa décolonisation. Mais la visite guidée s’avère charrier bien des connexions souterraines. Qui renvoient aux racines africaines de l’auteur, à une jeunesse lacérée par le non-dit, le trop-dit, les secrets de famille, à l’Histoire belge aussi, qui fonde le décor de ses livres. Notre héros parviendra-t-il à résister au vertige qui le saisit, à décrypter les signes qui tracent une voie lactée dans son univers psychique ?
Vertige ! Dans un texte resserré, Philippe Remy-Wilkin réussit à faufiler des éléments de suspense à travers les anecdotes et les rebondissements de ce qui aurait pu s’assimiler à un simple moment culturel. Et un supplément d’âme : la moindre parcelle du récit fait sens. In fine, l’orchestration globale de l’aventure inscrit un destin individuel dans un mouvement plus large, offre un de ces moments d’injonction intime où l’être humain doit tenter de s’arracher au marécage des habitudes et des lâchetés pour résoudre sa propre énigme.

Philippe REMY-WILKIN, après des études philologiques, a organisé ses vies autour de l’écriture. Une passion qu’il décline sous toutes ses formes, se partageant entre la création (scénarios, nouvelles, études, contes, romans publiés à Paris, Bruxelles, Genève) et la médiation culturelle (articles pour diverses revues/plateformes). Fin 2018, il décroche deux prix littéraires, dont l’Award Sabam Littérature. En 2019, il sort ses quatorzième et quinzième ouvrages.

Il est possible d’écrire à l’auteur via le mail phil.rw61@gmail.com
Ou de consulter son site http://philipperemywilkin.com

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. 23 décembre 2019, mon texte décroche son premier article, dans la revue Reflets et sur le site de l’AREAW, une très belle lecture de Martine Rouhart, qui s’est affirmée ces dernières années comme l’une des plus notables expertes ès Lettres belges : https://www.areaw.be/1826584-2/ Sinon :

« Quand on a entre les mains un livre de Philippe Remy-Wilkin, on se demande sur quels chemins secrets – réels et/ou fantastiques – l’histoire va nous emmener, dans quel moment de l’Histoire belge on va être plongé. Sans compter que ses ouvrages livrent toujours des lectures à diverses dimensions. Vertige ! Trente-quatre pages, éditées dans l’épatante collection des éditions maelstrÖm qui rend hommage à la ville de Bruxelles (bookleg Bruxelles se conte). Trente-quatre pages envoûtantes, vaguement angoissantes. ÉblouissantesUn style bien rythmé (parfois des phrases tronquées/absence de sujet), brillant. Un récit en « je » avec, tout au long, en contrepoint, une voix intérieure, lancinante, une phrase sèche et dure qui revient hanter le narrateur, phrase découpée, triturée, obsessionnelle comme le leitmotiv d’une symphonie. « Pour nous tu seras toujours une étrangère, écrivait ma mère (…) Tu vis dans ton monde, tes histoires, tes chimères, tu es égoïste (…) Tout commence par l’invitation mystérieuse que reçoit par email un certain auteur : bénéficier d’une visite guidée pour découvrir l’Africamuseum de Tervuren. Le musée vient de rouvrir ses portes après plusieurs années de rénovation et surtout, après avoir été repensé, « décolonisé » (non sans quelques polémiques). On s’y dirige pas à pas. Belles descriptions de ces zones excentrées de Bruxelles. On s’y voit. D’intéressants rappels historiques nourrissent le récit, sans lourdeur ni excès d’érudition.  « L’avenue de Tervuren ! Tracée avant l’Exposition de 1897 pour relier ses sites. Devant moi, deux bandes tombent du ciel, dévalant entre des flancs forestiers, séparés par une immense piste gazonnée, des allures d’autoroute. Dans sa plongée ultime, vers le Cinquantenaire, l’avenue redevient rectiligne, des Champs-Elysées oubliés, négligés, avortés- une mise en abyme de ce Bruxelles qui a laissé filer son mythe ? – (…) » Plus loin, « Le palais des Colonies, en clôture de l’avenue, un triangle frontal de temple grec, et le parc paysager, tout autour, l’ancien domaine royal, qui déroule ses premiers méandres (…) ». Encore un peu plus loin, « Une allée interminable, coupée par mille autres (…) En contre-haut, derrière un alignement étagé d’étangs et de pelouses signant une langue de monstre, une merveille architecturale (…) » On y entre pas à pas. Le lecteur est pris par la main. L’impression étrange de recommencer ma visite du musée, car il se fait que je m’y étais rendue moi-même en septembre dernier. Ce passage sur la petite salle où sont rassemblées les statues de personnages de la colonisation, explorateurs, officiers…, bannies. Le narrateur est fasciné par sa « compression », « un cimetière ou des limbes ? », et fait en cela écho à mes propres sensations. Et l’homme-léopard, menaçant, qui « pétrifie » le héros du livre : il me faisait si peur, petite fille, que je redoutais presque de le revoir ! En quelques lignes précises, le temps d’une poignée de rencontres durant la visite guidée, Philippe Remy-Wilkin revient à la période de la colonisation, sur « les pour et les contre »… Le « Je « du livre observe, écoute les uns et les autres, réagit en son for intérieur, s’interroge au plus intime de lui-même. Pressent qu’ici se trouve peut-être la clé de sa propre énigme. Il songe à sa propre vie, à ses parents, à leur retour en Belgique, « jamais ré-acclimatés en nos terres, se vautrant toute leur vie dans l’amertume, la rancœur d’un destin brisé. Fuyant famille et amis ». On devine des blessures d’enfance. Il repense à tous les non-dits, à ses relations difficiles avec sa mère, à un certain secret de famille qui lui a été révélé un jour …Et qu’il n’a pas voulu approfondir. « La vie concrète, c’est hic et nunc. Non pas d’où on vient mais ce que l’on fait, vers où on va, avec qui l’on va. Suis-je trop lucide de ne pas donner plus d’importance à du contingent ? Trop pragmatique de maintenir le fil romanesque en vie comme carburant ? » On avance pas à pas. On creuse plus loin dans une intrigue qui se fait presque haletante ; sa propre histoire le rattrape. Le dénouement est encore inconnu, mais on y va. Inexorablement. Vertige… Le « Je » du livre, l’auteur du bookleg ? (Je sais de lui qu’il est né Bruxelles juste après le retour de ses parents du Congo). En partie, sans doute… Une pierre de petit Poucet, abandonnée comme par mégarde : ce clin d’œil au prix qu’il a reçu pour un précédent ouvrage (le prix Gilles Nelod, attribué en 2018 par l’Association des Écrivains Belges, pour Matriochka). Je me souviens de son émotion, ce jour-là, lorsqu’il a remercié le jury ; il nous avait appris que sa mère venait de décéder. La veille…comme la mère du narrateur. »

 

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. JE 2 janvier 2020, Nausicaa Dewez m’envoie un mail : « Juste pour te dire le plaisir que j’ai pris à la lecture de Vertige ! Tu y intriques de manière très subtile histoire personnelle, Histoire de la Belgique et situation d’aujourd’hui. C’était un plaisir et je suis d’autant plus flattée que ce livre me soit dédicacé. »

. Chouette ! On en parle sur le site de la magnifique librairie Mollat, à Bordeaux (une institution !) : https://www.mollat.com/livres/2403120/philippe-remy-wilkin-vertige

. Chouette ! On en parle sur un site dévolu aux nouvelles : http://www.placeauxnouvelles.fr/vertige-remy-wilkin-philippe/

. Chouette : début janvier 2020, Morgane Van Schepdael signale que le livre est à Paris, accompagné de ses petits frères de la collection « Bruxelles se conte » mais d’auteurs chers aussi comme Patrick Delperdange, Nicolas Marchal, Sophie Buysse, Claude Raucy, Evrahium Baran, Francis Groff :

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